lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400317 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2024 M. A B, représenté par Me Berrebi-Wizman, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 51-2024-011 du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter
le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions
de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet de la Marne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnait la directive NOR INTK 1229185 C du 28 novembre 2012 ;
- le préfet de la Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard
des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er mars 2024 par une ordonnance en date
du 12 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement
du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Henriot, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 31 octobre 1986, est entré en France
le 26 janvier 2016 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 4 mars 2016. Le préfet
de police l'a obligé à quitter le territoire français par une décision du 12 mai 2016. L'intéressé a sollicité, le 3 août 2022, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 15 janvier 2024,
le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter
le territoire français dans un délai de 30 jours a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois. M. B demande au tribunal l'annulation
de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué fait état de la situation de M. B depuis
son arrivée en France et précise, notamment, qu'il est entré sur le territoire français
le 26 janvier 2016, il y a donc plus de huit ans. Dès lors, il ne résulte ni de cette motivation, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Marne aurait négligé de procéder à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B.
3. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur qui sont dépourvues
de caractère règlementaire.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain
du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
" L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 précité n'institue pas une catégorie
de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre
d'une activité salariée. Si un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco marocain du 9 octobre 1987 en son article 3, il peut en revanche s'en prévaloir afin d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas à la préfète, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble
des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure
de régularisation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié.
6. D'une part, le requérant, qui fait état son activité professionnelle, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour
des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. B réside en France depuis 2016 et qu'il exerce une activité professionnelle à temps plein en qualité de vendeur dans le secteur du commerce de détail de fruits, légumes et produit d'épicerie depuis le mois de novembre 2021, ces circonstances ne sauraient être regardées comme justifiant
son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. En outre, le requérant ne se prévaut d'aucun motif exceptionnel qui serait lié à sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré
de ce que le préfet de la Marne aurait entaché ses décisions d'erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté 19 octobre 2023 du préfet de la Marne. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
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