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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400321

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400321

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSELARL LE CAB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 février 2024 enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 776-16 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A.

Par cette requête et un mémoire enregistrés les 31 janvier et 14 février 2024, M. B A, représenté par Me Boia, doit être regardé comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 8 février 2024 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pendant une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Boia en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à défaut, à M. A.

Il soutient que :

- le contrôle d'identité étant irrégulier, il ne pouvait fait l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit être annulée dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation et de disproportion.

Le préfet de la Marne a produit des pièces le 15 février 2024, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Maleyre, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- et les observations de Me Boia pour le compte de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 30 janvier 1993, est entré régulièrement en France dans le courant de l'année 2018. L'intéressé a été pris en charge par les services de police du commissariat de Châlons-en-Champagne le 29 janvier 2024 aux fins de vérification de sa situation. A l'issue de sa retenue administrative, le préfet de la Marne, par un arrêté du 30 janvier 2024, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois mois et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. Par un autre arrêté du 8 février 2024, pris à la suite du refus de prolongation de son placement en rétention administrative par le juge des libertés et de la détention le 2 février précédent, le préfet de la Marne l'assigné à résidence dans le département éponyme pour une durée de 45 jours. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide

juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur la légalité de l'arrêté du 30 janvier 2024 :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

4. Par un arrêté DS 2023-090 du 16 octobre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, diffusé sur le site internet de la préfecture, et donc accessible tant pour le juge que pour les parties, le préfet de la Marne a donné délégation à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture, à l'effet notamment de signer les arrêtés et décisions relatives aux attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet de la Marne s'est fondé pour prendre à son encontre une mesure d'éloignement ainsi que les décisions subséquentes. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

6. M. A ne peut utilement invoquer à l'appui de la contestation de l'arrêté du 30 janvier 2024 le moyen tiré de l'illégalité du contrôle d'identité dont il a fait l'objet, qui a justifié que le juge des libertés et de la détention n'autorise pas la prolongation de son placement en rétention administrative.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. Si M. A réside en France depuis 2018, il est célibataire et sans enfant. L'intéressé ne produit aucun élément sur son insertion en France alors qu'il fait l'objet depuis son entrée sur le territoire de nombreuses mentions au traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), dont la dernière pour des faits vol avec violence ayant entraîné une incapacité inférieure à huit jours le 12 mai 2023, qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 25 ans et qu'il n'est pas allégué qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans ce dernier. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Son article L. 612-3 dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

10. Il ressort des pièces du dossier, notamment des extraits du TAJ produits en défense, que M. A a été, depuis 2018, date de son entrée en France, mis en cause à seize reprises pour différents faits, dont des vols répétés. En outre, il s'est maintenu irrégulièrement en France après l'expiration de la durée de son visa et n'a pas entrepris de démarches en vue d'obtenir un titre de séjour. Dans ces conditions, il constitue une menace pour l'ordre public et présente un risque de fuite. Par suite, le préfet de la Marne a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

11. Si M. A soutient qu'un retour en Algérie l'exposerait à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne se prévaut d'aucun élément de fait à l'appui du moyen soulevé.

12. En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version issue de la loi du 26 janvier 2024 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne dispose d'aucune attache familiale en France, n'établit pas y avoir noué des liens privés, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et qu'il a fait l'objet de trois précédentes mesures d'éloignement le 18 mai 2021, ainsi que les 15 septembre et 25 novembre 2022, auxquelles il s'est soustrait. Dans ces conditions, la durée de trente-six mois de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas disproportionnée ni entachée d'erreur d'appréciation.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Marne du 30 janvier 2024.

Sur la légalité de l'arrêté du 8 février 2024 :

16. M. A ne soulève aucun moyen à l'encontre de cet arrêté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Marne des 30 janvier et 8 février 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridique.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 22 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P-H MALEYRE

La greffière,

Signé

S. VICENTE

No 2400321

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