mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400328 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 11 février 2024, M. A B, représenté par
Me Diallo, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Marne a prolongé son assignation à résidence pour une durée de six mois avec l'obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Reims ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'aucune perspective raisonnable de retour est établie depuis le 10 août 2023 et que l'obligation de quitter le territoire sans délai n'était assortie que d'une interdiction de retour d'une durée de trois mois, notifiée le 21 janvier 2023 ;
- l'arrêté en litige a été pris, en conséquence, sur une base illégale ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est marié à une ressortissante française, père d'une enfant de sept mois, née de cette union, et présent sur le territoire national depuis dix années ;
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, a été entendu :
- le rapport de M. Soistier, premier conseiller ;
- et les observations de Me Diallo, représentant M. B ;
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 25 février 1985, de nationalité algérienne, est entré sur le territoire français le 6 mai 2022. Par un arrêté notifié le 21 janvier 2023, le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire sans délai et lui a interdit le retour pour une durée de trois mois. Par un arrêté du 10 août 2023, le préfet de la Marne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Enfin, par un arrêté du 11 février 2024, le préfet de la Marne a prolongé son assignation à résidence d'une durée de six mois avec l'obligation de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi entre 8h00 et 9h00 au commissariat de police de Reims. Par la présente requête, M. B demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () " et de l'article L. 732-4 : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut être renouvelée deux fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire. "
3. Il appartient à l'autorité administrative de retenir, lors de chaque renouvellement, des conditions et des lieux d'assignation à résidence tenant compte, dans la contrainte qu'ils imposent à l'intéressé, du temps passé sous ce régime et des liens familiaux et personnels noués par ce dernier.
4. Il résulte expressément des termes de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la mesure de prolongation d'assignation à résidence ordonnée en application de ces dispositions a pour objet, non de mettre à exécution d'office une mesure d'éloignement prise antérieurement, mais d'autoriser temporairement l'étranger à se maintenir en France lorsqu'il n'existe pas encore de perspective raisonnable de mise à exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. Par suite, M. B, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 731-1 et L. 731-3 du même code, à l'encontre de la décision de prolongation d'assignation à résidence attaquée.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet l'intéressé n'a pas été prise sur le fondement du 2° ou 5° de l'article L. 732-4 du code précité. Par suite, le requérant ne peut se prévaloir de ce que la mesure de prolongation d'assignation à résidence ne pouvait être légalement prononcée à son encontre au motif que l'interdiction de retour dont il fait l'objet serait expirée.
6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il résulte que la mesure de prolongation d'assignation à résidence, a pour objet, non de mettre à exécution d'office une mesure d'éloignement prise antérieurement, mais d'autoriser temporairement l'étranger à se maintenir en France lorsqu'il n'existe pas de perspective raisonnable de mise à exécution de la mesure d'éloignement. Dès lors, l'arrêté en litige, qui n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner de sa cellule familiale, n'a pas porté une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure a été prise ni méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale.
8. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont le requérant demande le versement à son conseil sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
Le rapporteur,
M. SOISTIER
Le président,
O. NIZETLa greffière,
N. MASSON
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