jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 février 2024 et 18 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Berthelot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 20 décembre 2023, par laquelle la préfète de l'Aube a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de sa femme et de sa fille ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube d'accorder le bénéfice du regroupement familial à sa femme et à sa fille ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;
- cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 434-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Torrente, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant de nationalité tunisienne né le 3 août 1981, est en France en 2008 et s'est vu délivrer, en 2016, un premier titre de séjour régulièrement renouvelé depuis lors. Le 31 mai 2022, l'intéressé a déposé une demande de regroupement familial en faveur de son épouse et de sa fille auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision du 20 décembre 2023, dont M. A B demande l'annulation, la préfète de l'Aube a rejeté cette demande.
2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. () ". Selon l'article R. 434-7 du même code : " L'étranger fait sa demande auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le préfet territorialement compétent ou, à Paris, le préfet de police en est immédiatement informé. / Un arrêté du ministre chargé de l'immigration fixe la compétence territoriale des services de l'office. ". En vertu de l'article R. 434-25 de ce code : " Dès réception du dossier de regroupement familial et de l'avis motivé du maire ou, à défaut d'avis, à l'expiration du délai mentionné à l'article R. 434-23, l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () / 3° Transmet le dossier au préfet pour décision. ". L'article R. 434-26 du même code dispose : " L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'entrer en France dans le cadre du regroupement familial est le préfet et, à Paris, le préfet de police. Cette autorité statue sur la demande de regroupement familial dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la demande de regroupement familial. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ".
4. Il appartient au préfet, saisi d'une demande de regroupement familial, d'apprécier si elle relève de sa compétence territoriale à la date à laquelle il statue. Dans le cas où il estime qu'elle n'en relève pas, il lui incombe, conformément aux dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, de la transmettre au préfet territorialement compétent pour se prononcer sur la demande.
5. Pour rejeter la demande de regroupement familial sollicitée par M. A B, la préfète de l'Aube a estimé que celui-ci vivait principalement dans le logement de son père au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), que le logement de Romilly-sur-Seine (Aube) dans lequel il a déclaré vivre un à deux jours par semaine, principalement les week-ends, n'est donc pas son habitation principale mais un logement de complaisance et qu'elle n'était, en conséquence, pas compétente territorialement pour traiter cette demande.
6. Toutefois, à supposer même que le logement occupé par M. A B à Romilly-sur-Seine ne constituait pas sa résidence principale à la date de la décision attaquée, il appartenait à la préfète de l'Aube de transmettre cette demande de regroupement familial à l'autorité qu'elle estimait compétente pour procéder à son instruction. Dès lors, en se bornant à rejeter la demande de l'intéressé au seul motif de son incompétence territoriale, la préfète de l'Aube a méconnu les dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 20 décembre 2023 de la préfète de l'Aube.
8. L'exécution du présent jugement implique que la demande de M. A B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de l'Aube de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 décembre 2023 par laquelle la préfète de l'Aube a rejeté la demande de regroupement familial de M. A B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de procéder au réexamen de la demande de M. A B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la préfète de l'Aube.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Briquet, président,
M. Torrente, premier conseiller,
M. Rifflard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. TORRENTELe président,
Signé
B. BRIQUET
La greffière,
Signé
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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