lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400386 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | HAMI-ZNATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2024, Mme A B, représentée par Me Hami-Znati, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 51-2023-645 du 24 novembre 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter
le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut,
de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois et d'assortir l'injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions
de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Hami-Znati en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été édicté par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet de la Marne n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnait les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain
du 9 octobre 1987 ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions
de l'article 9 du code civil ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière le requérant n'ayant pas pu faire valoir ses observations préalablement à son édiction ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain
du 9 octobre 1987 ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions
de l'article 9 du code civil ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision relative au pays de destination :
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions
de l'article 9 du code civil.
Le préfet de la Marne a produit, le 4 mars 2024, des pièces qui ont été communiquées.
La clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2024 au par une ordonnance
du 19 février 2024.
Par un courrier du 22 mars 2024 les parties ont été informées, en application
des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés de ce que les dispositions
de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants marocains souhaitant obtenir un titre de séjour à raison
d'une activité salariée et de ce que le pouvoir de régularisation générale du préfet peut être substitué à ces dispositions comme base légale de l'arrêté attaqué.
Les parties n'ont pas produit d'observation en réponse à ce courrier.
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme B
par une décision du 12 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement
du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henriot, conseiller ;
- et les observations de Me Hami-Znati ainsi que celles de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 27 octobre 1979, est entrée en France le 15 juin 2019 accompagnée de ses deux enfants mineurs et munie d'un visa de court séjour valable jusqu'au 10 juillet 2019. Le 21 juin 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre
de séjour. Par un arrêté 24 novembre 2023, le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte Mme B demande au tribunal d'annuler de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 :
" Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation
des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes
de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
" L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 précité n'institue pas une catégorie
de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre
d'une activité salariée. Si un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco marocain du 9 octobre 1987 en son article 3, il peut en revanche s'en prévaloir afin d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation
d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée
la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié.
4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de la Marne ne pouvait légalement rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme B en qualité de salariée en se fondant sur la circonstance que cette dernière ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 435-1. Il lui appartenait cependant d'examiner
la situation de la requérante au regard de son pouvoir général de régularisation. Il ressort
des pièces du dossier que Mme B travaille depuis le 1er mars 2020 au sein du même restaurant, ayant tout d'abord été recrutée en qualité d'employée de restauration avant d'être promue au poste de cheffe de partie cuisine en novembre 2023. Elle bénéficie d'un contrat à durée indéterminée et perçoit un salaire brut mensuel de 2 149,35 euros. De plus, son employeur, qui établit avoir publié deux offres d'emplois sur le site pole-emploi.fr qui sont demeurées infructueuses, atteste des qualités professionnelles de la requérante ainsi que de son importance pour le bon fonctionnement de l'entreprise. Enfin, Mme B produit des attestations
de plusieurs clients témoignant de la qualité de sa cuisine ainsi qu'un article de presse.
Ces circonstances sont de nature à caractériser des motifs exceptionnels justifiant qu'un titre
de séjour soit délivré à Mme B au titre de son activité salariée. Par suite, le préfet
de la Marne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas
à la régularisation de la situation de Mme B.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens
de la requête, que l'arrêté n° 51-2023-645 du 24 novembre 2023 du préfet de la Marne doit être annulé.
6. Le présent jugement implique nécessairement qu'un titre de séjour portant
la mention " salariée " soit délivré à Mme B. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre
au préfet de la Marne, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative,
de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite,
Me Hami-Znati, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code
de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances
de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Hami-Znati de la somme
de 1 200 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant
à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° 51-2023-645 du 24 novembre 2023 du préfet de la Marne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " salariée " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Hami-Znati la somme de 1 200 euros sur le fondement
des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi
du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hami-Znati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Hami-Znati
et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
J. HENRIOTLe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026