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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400411

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400411

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête enregistrée, le 16 février 2024, Mme A B, représentée par Me Sellamna, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de la Marne a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de faire droit à sa demande de regroupement familial au profit de son époux, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, le versement, à son conseil, d'une somme de 2 400 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet n'a pas réalisé un examen particulier de sa demande,

- l'arrêté en litige porte atteinte à son droit à mener une vie familiale normale et à l'intérêt supérieur de son enfant ;

- elle a des problèmes de santé, ayant engendrés la nécessité de passer en contrat de travail à temps partiel et l'activité commerciale de son entreprise de ménage est gelée ;

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a produit aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Michel Soistier, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Lambing, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sellamma, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne, est entrée le 7 septembre 2010 sur le territoire français. Le 15 juin 2023, l'intéressée a présenté une demande d'autorisation de regroupement familial au profit de son époux, M. C, Par un arrêté du 19 décembre 2023, le préfet de la Marne a rejeté sa demande. Par le présent recours, Mme B demande l'annulation de cet arrêté. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de l'arrêté attaqué que le préfet ne se serait pas livré à un examen de sa situation personnelle.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, réside à Reims, est mère d'un enfant âgé de 9 ans, issue d'un premier mariage. Elle s'est remariée en Tunisie le 4 mars 2023 à un ressortissant tunisien, résidant en Tunisie. Alors que le remariage était récent au jour de la décision attaquée, que le couple n'a pas d'enfant, l'enfant de Mme B étant issu d'un premier lit, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige, refusant le regroupement familial, porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il porterait atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à la demande de regroupement familial de la requérante, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas plus méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller

M. Oscar Alvarez, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. SOISTIER

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I.DELABORDE

N°2400411

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