lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400414 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LR AVOCATS ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 février et le 21 mars 2024, la commune de la Chapelle-Saint-Luc (10), représentée par son maire en exercice dûment habilité par délibération du conseil municipal et ayant pour avocat la SCP LR avocats et associés, demande au tribunal :
- de prescrire une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer la cause des désordres affectant l'école primaire Jean Jaurès située 15 avenue Jean Jaurès, de déterminer les responsabilités afférentes et de statuer sur le chiffrage des préjudices subis ;
- de mettre à la charge solidaire de la SARL SL Couverture et de son assureur, la MMA Iard, la somme de 4 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- un marché public, référencé 19T0004, portant sur l'amélioration des bâtiments des écoles Jean Jaurès et Simone Weil a été lancé ;
- par acte d'engagement signé le 28 juin 2019, le lot n°1 " Réfection des toitures de l'école primaire Jean Jaurès : toitures, zings et toitures terrasses " a été attribué à la SARL SL Couverture ;
- les travaux ont été réceptionnés le 4 octobre 2019 ;
- le 22 juin 2023, une fuite sur le toit de l'école a été constatée, provoquant d'importantes dégradations au niveau du plafond ainsi que la chute d'une tuile ;
- le 23 juin 2023, les services techniques de la mairie ont constaté d'importants désordres liés à la réfection de la toiture, nécessitant l'intervention d'une entreprise afin de mettre en place des mesures de protection et de sécurité ;
- un diagnostic solidité, établi par l'agence Socotec le 6 septembre 2023, a permis de constater l'absence de solidité de la charpente en plusieurs endroits, nécessitant l'évacuation du bâtiment afin de mener des travaux de charpente au plus vite ;
- elle s'est rapprochée amiablement de la SARL SL Couverture afin d'obtenir, au titre de la garantie décennale, réparation des dommages subis, sans qu'aucune réponse ne lui soit apportée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, la SARL SL Couverture, représentée par la SELAS ACG, demande au tribunal :
- à titre principal, de déclarer irrecevable la requête de la commune de la Chapelle-Saint-Luc à défaut de délibération valable du conseil municipal ;
- à titre subsidiaire, de rejeter la demande d'expertise ;
- à titre très subsidiaire de lui donner acte de ses protestations et réserves et de mettre à la charge de la commune de la Chapelle-Saint-Luc la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'action engagée par la commune est irrecevable dès lors qu'il ne résulte d'aucune pièce versée aux débats que le maire aurait été mandaté ou autorisé à ester en justice ;
- l'expertise sollicitée est inutile dès lors qu'une expertise contradictoire est d'ores et déjà organisée ;
- le descriptif des désordres par Socotec ne peut correspondre au chantier qu'elle a réalisé puisqu'il est évoqué des liteaux d'époque en mauvais état, une mauvaise isolation des combles et une nécessaire reprise de la charpente, ces éléments ne correspondant ni au marché public de travaux, ni aux factures détaillées des diligences accomplies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, la SA MMA Iard et la société MMA Iard Assurances Mutuelles, représentées par la SCP Becker Szturemski Vauthier Klein-Desserre, demandent au tribunal :
- de donner acte à la SA MMA Iard de son intervention volontaire ;
- de débouter la commune de la Chapelle-Saint-Luc de sa demande d'expertise ainsi que de sa demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- si une expertise était ordonnée, de dire que celle-ci se fera à la charge de la commune de la Chapelle-Saint-Luc.
Elles font valoir que :
- il convient de donner acte à la SA MMA Iard de son intervention volontaire dès lors que l'assureur de la SARL Couverture est constitué des deux entités MMA Iard et MMA Iard Assurance Mutuelles ;
- elles s'en rapportent à l'appréciation de la juridiction quant à la recevabilité de la demande de la commune qui ne justifie pas de l'autorisation d'ester en justice ;
- l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée n'est pas établie dès lors que le descriptif des désordres établi par la société Socotec ne correspond nullement au chantier et à l'étendue des interventions de la société SL Couverture.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir :
1. Aux termes de l'article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune. ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice. ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du même code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.
2. En défense, la SARL SL Couverture et ses assureurs font valoir que l'action contentieuse de la commune de la Chapelle-Saint-Luc est irrecevable dès lors qu'il ne résulte d'aucune pièce versée aux débats que son maire aurait été mandaté à ester en justice. La commune de la Chapelle-Saint-Luc a produit, en tout état de cause, la délibération du conseil municipal autorisant le maire à ester en justice. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la SARL SL Couverture doit être écartée.
Sur la demande d'expertise :
3. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.
4. Il résulte de l'instruction que la commune de la Chapelle-Saint-Luc a conclu un marché public de travaux dans le cadre de l'amélioration des bâtiments de l'école Jean Jaurès. Par un acte d'engagement, elle a confié le lot n° 1 " Réfection des toitures de l'école primaire Jean Jaurès : toitures, zings et toitures terrasses " à la SARL SL Couverture. Les travaux ont été réceptionnés le 4 octobre 2019 sans réserves. En juin 2023, des infiltrations ont été signalés provoquant d'importantes dégradations au niveau du plafond ainsi que la chute d'une tuile. Un diagnostic solidité a fait apparaître plusieurs désordres affectant la solidité de la charpente et présentant un danger pour les usagers et le personnel. La commune de la Chapelle-Saint-Luc sollicite une mesure d'expertise en vue d'établir les causes et imputabilités des désordres affectant la toiture de l'école. Si les défendeurs font valoir que la demande d'expertise présentée par la commune de la Chapelle-Saint-Luc est inutile dès lors que, d'une part, les désordres invoqués ne correspondent pas au chantier réalisé par la SARL SL Couverture, et que d'autre part, une expertise amiable est organisée, ces circonstances ne privent pas d'utilité l'expertise dont l'objet est de déterminer la nature et les causes des désordres et les moyens d'y remédier. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes formulées sur le fondement de ces dispositions, présentées par la commune de la Chapelle-Saint-Luc et par la SARL SL Couverture.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C A, demeurant 5 rue Marcel Galliot à Malzéville (54200) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :
1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres visés dans la requête qui affectent les bâtiments de l'école Jean Jaurès de la Chapelle-Saint-Luc en indiquant leur date d'apparition ;
2°) décrire les malfaçons qui seraient constatées et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination ;
3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux objet du marché, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'immeuble endommagé et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;
4°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;
5°) donner son avis motivé sur la demande chiffrée présentée par les parties tendant à l'évaluation du coût des travaux ;
6°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 5 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 30 septembre 2024. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 6 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 7 : Les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de la Chapelle-Saint-Luc, à la SARL SL Couverture, à la SA MMA Iard, à la société MMA Iard Assurances Mutuelles et à M. C A, expert.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 8 avril 2024.
Le juge des référés,
signé
O. B
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