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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400426

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400426

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCILPA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2024 complétée par un mémoire enregistré le 13 mars 2024, M. D B, représenté par Me Cilpa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de la Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination duquel il pourrait être éloigné en l'absence de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une carte de séjour mention " salarié " dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour méconnait l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les articles L. 5221-2, R. 5221-3, R. 5221-3, R. 5221-11, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail en ce que le préfet de la Marne ne pouvait fonder sa décision sur l'absence de contrat de travail ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

* est insuffisamment motivée ;

* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte.

Le préfet de la Marne a produit des pièces le 29 mars 2024 qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deschamps, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Friedrich, rapporteur public,

- et les observations de Me Cilpa, représentant M. B.

1. M. B, ressortissant algérien né le 27 décembre 1990 déclare être entré sur le territoire français le 5 juillet 2020. Le 13 février 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour. Par arrêté du 15 janvier 2024, le préfet de la Marne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination duquel il pourrait être éloigné en l'absence de départ volontaire. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco - algérien du 27 décembre 1969, " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salariée " " et aux termes de l'article 9 de ce même accord " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4(lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Il résulte des stipulations précitées que la délivrance à un ressortissant algérien du certificat de résidence " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes et d'un visa de long séjour.

3. Il est constant que M. B ne dispose pas d'un visa de long séjour, document nécessaire pour obtenir la délivrance d'une autorisation de travail puis d'une carte de séjour " salarié " dans le cadre de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 de cet accord doit être écarté.

4. A supposer que le requérant ait sollicité la régularisation de sa situation en invoquant sa situation au regard de l'emploi, la seule promesse d'embauche dont il se prévaut ne saurait constituer une circonstance exceptionnelle qui aurait dû conduire le préfet à faire usage de son pouvoir général de régularisation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. Par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. A C, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquelles ne figurent pas ceux relatifs à la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

6. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet de la Marne s'est fondé pour prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Dès lors, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. B réside en France depuis moins de quatre ans, il est célibataire et sans enfant. Ses parents et ses frères et sœurs de nationalité algérienne résident en Algérie. Si M. B produit une attestation signée par plusieurs de ses collègues et une promesse d'embauche, il ne justifie pas de la durée de son insertion professionnelle en France ni d'une particulière intégration sociale. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts en vertu desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs cet acte n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Pour les motifs exposés au point 5, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Soistier, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le conseiller le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. SOISTIERLe président,

Signé

A. DESCHAMPSLe greffier,

Signé

A. PICOT

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