jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 février 2024, 14 mai 2024 et
28 mai 2024, M. A C, représenté par Me Wystup Guilbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 22 février 2024, par laquelle la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence du signataire de l'acte dès lors que l'article 3 de l'arrêté de signature ne donne délégation à M. Mathieu Orsi en matière de police des étrangers que lorsqu'il assure le service de permanence (samedis, dimanches, jours fériés et jours non ouvrés) ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix ans est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mai 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Oscar Alvarez, conseiller ;
- et les observations de Me Oulad Bensaid, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 24 avril 1991, est entré sur le territoire français en 2011. Il a déposé une demande d'asile le 12 septembre 2011 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par une décision du 31 mai 2012 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 29 mars 2013. L'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le
30 janvier 2023 à l'issue de sa détention à la maison d'arrêt du Val d'Oise. Il a été interpellé et place en garde à vue le 22 février 2024, pour faux et usage de faux. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire pour une période de dix ans et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par le présent recours, M. C demande au tribunal l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix ans.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français
2. Par un arrêté du 18 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des services de l'État dans l'Aube, la préfète de l'Aube a donné délégation à M. Mathieu Orsi, secrétaire général de la préfecture, au titre de l'article 1er de cet arrêté à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés à l'article 2, parmi lesquels ne figurent pas les mesures prises en matière de police des étrangers. Cette délégation donnait compétence au secrétaire général pour signer la décision en litige, sans qu'ait une incidence le fait que l'article 3 de l'arrêté portant délégation de signature précise que M. B dispose, lorsqu'il est de permanence et pendant les jours fériés, d'une délégation de compétence pour prendre toute décision relative à la police des étrangers. Au démeurant la décision en cause a été prise un mercredi.
3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
4. M. C se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2011 et de sa situation régulière au regard du droit au séjour entre 2012 jusqu'à 2020, date à laquelle il lui a été impossible de faire renouveler son droit au séjour. En outre, il soutient que sa situation médicale, qui lui avait permis de bénéficier de ce droit au séjour, n'a pas changé, circonstance que la préfète de l'Aube ne pouvait ignorer. Par ailleurs, il estime être inséré professionnellement et se prévaut de l'existence d'un contrat à durée indéterminée conclu au titre de la période allant de février 2021 au mois de mai 2023. Enfin, il fait valoir être parent d'un enfant de six ans, scolarisé en classe de cours préparatoire et contribuer à son entretien et à son éducation. Toutefois, si M. C a bénéficié de titres de séjour de 2012 à 2020 en raison de son état de santé, qui ne lui donnaient, au demeurant, pas vocation, eu égard à leur objet, à demeurer sur le territoire français une fois leur durée de validité expirée, il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire depuis cette date. S'il allègue disposer sur le territoire de liens familiaux stables et intenses, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit. De même, s'il se prévaut de son insertion professionnelle, elle découle de l'exécution d'un contrat de travail qui n'a pas été visé par l'administration. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire, père d'un enfant vivant à Pontoise dont il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation, ni maintenir des liens étroits avec lui en produisant un certificat de scolarité pour l'année 2023/2024 et une unique attestation. Il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-ans. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné à plusieurs reprises à deux mois d'emprisonnement avec sursis en 2012 pour rébellion, outrage et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, à une peine d'emprisonnement ferme de six mois en 2019 pour usage de chèque contrefait ou falsifié et contrefaçon ou falsification de chèque et plus récemment à une peine de huit mois d'emprisonnement qu'il exécute à la date du présent jugement pour détention frauduleuse de plusieurs faux documents outre des infractions commises en 2013 et 2015 pour conduite sous l'emprise d'état alcoolique et sans permis. Dans ces conditions, au regard de la répétition des peines d'incarcération, du comportement délictuel de M. C et en dépit de sa durée de présence sur le territoire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. Le requérant ne peut utilement fonder son argumentation sur les dispositions de l'article L. 511-4-10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont abrogées depuis le 1er mai 2021. A supposer qu'il entende la fonder sur la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables au litige, M. C n'établit pas, par la seule communication d'un unique certificat médical daté du 14 avril 2023 précisant que " le recours au traitement habituel y étant très difficile et l'approvisionnement très aléatoire " et en se référant à une publication de l'OMS concernant l'intensification des efforts contre le diabète dans la région africaine, que le défaut de prise en charge de son diabète pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité alors même qu'il aurait bénéficié de titres de séjour antérieurs fondés sur cette circonstance, ce qu'il ne justifie pas au demeurant. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions sera écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant, qu'elles aient pour objet de régler leur situation personnelle ou pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une période de
dix ans :
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français aurait été prise par un auteur incompétent.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix ans.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. ALVAREZ
Le président,
Signé
O. NIZETLa greffière,
Signé
N. MASSON
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