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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400472

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400472

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantCHARHBILI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 février et 6 mars 2024, M. C A B représenté par Me Charhbili, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 février 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours.

Il soutient que :

- les services de la préfecture n'ont pas apprécié les éléments socio-familiaux à leur juste appréciation avant de prendre la mesure d'assignation ;

- la décision en litige l'empêche d'exercer son activité professionnelle ;

- la décision en litige l'empêche de rendre visite à son enfant qui réside dans un autre département ;

- le délai d'appel contre le jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 23 janvier 2024 portant rejet de son recours à l'encontre d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas expiré.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Henriot, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, Magistrat désigné, ;

- les observations de Me Charhbili qui reprend ses écritures en précisant que M. B exécutera la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet si son appel venait à être rejeté ;

- les observations de M. B qui a indiqué qu'il exerce depuis plusieurs années une activité d'import et d'export de produits non réglementés vers et depuis l'Algérie, pays dans lequel il possède également une entreprise, et que son fils de 23 ans résidait dans le Val-de-Marne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 22 décembre 1965, est entré en France le 16 mars 2020 muni d'un visa de court séjour, valable du 13 octobre 2019 au 12 octobre 2020. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 10 février 2023. Par un arrêté du 2 août 2023, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. Par une requête du 31 août 2023, M. B a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Sa requête a été rejetée par un jugement du 23 janvier 2024. Le 25 février 2024, M. B a été contrôlé par les services de la gendarmerie nationale qui ont constaté qu'il ne disposait d'aucun titre de séjour. Par une décision du 25 février 2024, l'a préfète de l'Aube l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Selon les dispositions de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration du délai de départ volontaire ou, si aucun délai n'a été accordé, avant l'expiration du délai de recours contentieux, et, s'il est saisi, avant que le tribunal administratif n'ait statué. Ces dispositions n'ont en revanche ni pour objet, ni pour effet d'empêcher l'assignation à résidence d'un étranger qui s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui a été accordé.

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 2 août 2023 par laquelle la préfète de l'Aube a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours lui a été notifié le 8 août 2023. Dès lors, le délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été octroyé a commencé à courir à compter de cette date, la circonstance qu'il ait formé un recours contentieux le 31 août 2023 contre la décision d'éloignement étant sans incidence sur l'écoulement de ce délai. En outre, le fait que M. B ait contesté la décision l'ayant obligé à quitter le territoire français et le fait que le jugement ayant rejeté son recours ne soit pas définitif est sans incidence sur la légalité de la décision portant assignation à résidence en litige.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie.

Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage. " Selon les dispositions de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ".

6. Les modalités de contrôle de la mesure d'assignation à résidence doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que M. B est assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours, qu'il lui est fait obligation de se présenter à la brigade de gendarmerie de Bar-sur-Aube à 9 heures les mardis, mercredis, jeudis et vendredis et, enfin, qu'il lui est fait obligation de demeurer tous les jours dans son domicile de 17 heures à 20 heures. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le fils majeur de M. B réside dans le département du Val-de-Marne. Si le requérant a produit un courrier du 18 novembre 2021 indiquant que sa demande tendant à l'admission de son fils en soins psychiatrique serait examinée, ce document ne suffit pas à établir que le fils du requérant ne peut lui rendre visite dans le département de l'Aube du fait de son état de santé. Dès lors, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie familiale du requérant, qui réside avec son épouse. En second lieu, M. B exerce une activité professionnelle par le biais d'une société à responsabilité à associé unique dont l'adresse d'activité est située à Thiais dans le département du Val-de-Marne. Néanmoins, le requérant n'établit pas que son activité lui impose de se rendre régulièrement à cette adresse dès lors que, d'une part, sa résidence principale est située à la Ville-sous-Laferté dans le département de l'Aube, à une grande distance de Thiais, et que, d'autre part, il décrit son activité comme consistant à l'importation et à l'exportation de biens à destination et depuis l'Algérie sans qu'il n'établisse procéder lui-même au transport de ses produits. Dès lors, la décision en litige n'a pas pour effet d'empêcher M. B d'exercer son activité professionnelle, le requérant n'ayant, en tout état de cause, pas vocation à demeurer sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait disproportionnée et entachée d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au 7 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HENRIOTLa greffière,

Signé

S. VICENTE

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