vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 février 2024, M. B A, représenté
par Me Noudehou, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler pour excès
de pouvoir l'arrêté n° BE 2024-024-003 du 24 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai
de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure dans la mesure où la préfète de l'Aube aurait dû préalablement saisir les services de la direction régionale des entreprises,
de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la préfète n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2024, la préfète de l'Aube conclut
au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 mars 2024 par une ordonnance
du 28 février précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maleyre, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien qui serait né le 28 novembre 2002, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 juillet 2018. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE). Le 2 décembre 2020, l'intéressé a présenté une demande de carte de séjour temporaire en qualité d'étranger confié à l'ASE avant l'âge de 16 ans, qui a été rejetée
par le préfet de l'Aube le 9 juin 2021, qui a assorti ce refus d'une mesure d'éloignement. Dans
le dernier état de ses démarches administratives, l'intéressé a présenté, le 22 septembre 2023,
une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté
du 24 janvier 2024, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel
il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre
une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A en demande l'annulation au tribunal.
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle
au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond
à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre
la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait
d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment,
si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques
de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui réside en France depuis
le 2 juillet 2018, a été inscrit à partir de l'année scolaire 2019/2020 en première année
de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) spécialité jardinier paysagiste au centre
de formation d'apprentis agricole de l'Aube. Le 20 juin 2019, il a conclu un contrat d'apprentissage avec la société AG NET paysage pour une période de deux années allant
du 2 septembre 2019 au 31 août 2021 au cours de l'exécution duquel il a donné entière satisfaction, ainsi que cela ressort de la lettre de recommandation et de l'attestation
de son employeur, de même que durant les périodes où il était au centre de formation, comme en atteste la responsable pédagogique. A l'issue de ces deux années, l'intéressé a obtenu
son diplôme avec la mention assez bien. A l'appui de sa demande de titre séjour, il a produit
une promesse d'embauche réitérée en contrat à durée indéterminée de la société Ménagez-moi comme agents d'entretien multiservices, dans le domaine de l'entretien des espaces verts, en lien avec le diplôme dont il est titulaire et dans lequel il dispose d'une expérience professionnelle grâce à ses deux années d'apprentissage. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, les éléments de la situation de M. A permettent de qualifier des " motifs exceptionnels " de nature à lui ouvrir droit à la délivrance d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens
de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète
de l'Aube du 24 janvier 2024.
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. A se voie délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ainsi que, sous réserve
du respect des conditions de l'article R. 5221-20 du code du travail, une autorisation de travail et que la préfète de l'Aube le munisse d'une autorisation provisoire de séjour le temps nécessaire à cette délivrance, conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Aube du 24 janvier 2024 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
P.H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
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