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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400486

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400486

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2024, Mme A B demande

au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE-2024-036-001 du 5 février 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel

elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification

du jugement à intervenir, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à cette même autorité de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration

et de l'intégration, qui date de plus d'une année à la date de la décision en litige, ne pouvait être pris en compte par la préfète ;

- cette autorité s'est estimée à tort liée par cet avis ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code

de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison

de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité de sa situation personnelle ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- elle est enfin disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, la préfète de l'Aube conclut

au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 avril 2024 par une ordonnance

du 8 mars précédent.

Mme B a produit un mémoire le 7 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,

sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Maleyre a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle

les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise (République démocratique

du Congo) née le 30 juin 1985, est entrée irrégulièrement en France le 14 novembre 2019 afin

de solliciter la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 29 janvier 2020 et 3 mai 2021. L'intéressée a alors fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet des Ardennes le 5 août suivant. Dans le dernier état de ses démarches administratives, elle a sollicité de la préfète de l'Aube la délivrance

d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé le 13 juillet 2021. Par un arrêté

du 5 février 2024, cette autorité a refusé de lui délivrer une telle carte, l'a obligée à quitter

le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre

une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans. Mme B en demande l'annulation au tribunal.

Sur la légalité de la décision portant refus de carte de séjour temporaire :

2. La décision refusant un titre de séjour à Mme B vise notamment

le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier les dispositions

de son article L. 425-9 sur le fondement desquelles l'intéressée a présenté sa demande de carte de séjour temporaire. Cette décision relate son parcours administratif, mentionne les éléments constitutifs de sa vie privée et familiale et expose les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande. Dès lors, la décision contestée de la préfète de l'Aube comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

3. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige que la préfète de l'Aube ne s'est pas estimée liée par l'avis émis le 30 décembre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), contrairement à ce que soutient

la requérante.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () " et aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat médical confidentiel

du 13 octobre 2022 établi par son médecin traitant dans le cadre de l'instruction de sa demande de carte de séjour temporaire et adressé au médecin de l'OFII, que Mme B, qui présente un micro-adénome hypophysaire et des hypersignaux de la substance blanche, souffre de céphalées sévères depuis 2020. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète de l'Aube s'est notamment fondée sur l'avis du collège de médecins de l'OFII

du 30 décembre 2022 indiquant que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner, pour elle, des conséquences

d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers

son pays d'origine. Mme B produit un rapport médical établi par un médecin dans

son pays d'origine et un certificat médical rédigé par son médecin traitant. Cependant, le premier document, non daté et présentant peu de garanties d'authenticité, indique seulement que l'intéressée ne pourra pas bénéficier de soins appropriés en République démocratique du Congo. Le second, postérieur à la décision en litige et peu circonstancié, se borne notamment à mentionner que le " défaut de prise en charge médicale pourrait entraîner des conséquences graves sur sa santé et que son état actuel ne lui permet pas de voyager ". En outre, si un délai d'un peu plus de treize mois s'est écoulé entre l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII et la décision contestée, la requérante ne démontre pas que son état de santé aurait évolué défavorablement depuis l'examen de sa situation médicale par le collège de médecins de l'OFII en dépit de la réalisation d'une arthroscopie de l'épaule gauche. Dans ces conditions, les moyens tirés du vice de procédure et de ce que la préfète de l'Aube aurait entaché sa décision

d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits

de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Si Mme B réside en France depuis le 14 novembre 2019, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle y est dépourvue de toute attache familiale, alors que

son époux et ses deux enfants demeurent toujours dans son pays d'origine, et qu'elle ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait noué des liens privés depuis son entrée

sur le territoire français. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté au droit de la requérante

au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8

de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cet acte n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai

de trente jours :

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision lui refusant une carte

de séjour temporaire à l'encontre de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet.

9. En vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur

le fondement du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique dès lors, ainsi qu'il a été dit, que la décision de refus de titre de séjour est elle-même motivée.

10. Eu égard à ce qui a été dit aux points 5 et 7, la mesure d'éloignement n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle

de la requérante.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation

de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans

le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître

les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments

de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée,

sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas

cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

12. La décision en litige vise les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en rappelle la teneur et fait suffisamment état

des éléments qui la fondent. Cette décision est donc suffisamment motivée.

13. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 7 et de ce que Mme B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 5 août 2021 à laquelle elle s'est soustraite, l'interdiction de retour sur le territoire français de deux années prononcée à son encontre n'est pas entachée de disproportion.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 février 2024 de la préfète de l'Aube. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

P. H. MALEYRELe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

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