vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400516 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 février 2024, M. B A, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités autrichiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'administration de faire droit à sa demande et de se déclarer compétente pour étudier sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé en droit et en fait ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas reçu les informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions du 3 de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ou que celui-ci n'a pas été réalisé dans les conditions prévues par cet article ;
- il est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'il retient à tort qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour en Autriche et que celle-ci serait en cours d'examen ;
- il méconnaît l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il retient à tort qu'il ne disposerait pas d'un droit au séjour en France ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors que la préfète du Bas-Rhin n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle au regard des articles 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les articles 8 à 11 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que la présence en France de membres de sa famille n'a pas été prise en compte ;
- il méconnaît les articles 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il dépend entièrement de son frère en France ;
- il est entaché d'erreur de droit au regard des articles 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que la préfète a ajouté une condition tenant à l'existence d'une situation de dépendance et de liens stables avec son frère ;
- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors que la préfète du Bas-Rhin n'a pas tenu compte de sa capacité à voyager.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024 à 9h27, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rifflard, conseiller, en application des dispositions des articles R. 777-3-6 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, prévue initialement à 9h30 mais qui a débuté à 9h50 du fait de la réception tardive du mémoire en défense :
- le rapport de M. Rifflard, magistrat désigné,
- les observations de Me Gabon, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle soutient en outre que la brochure d'information remise à M. A aurait dû lui être remise en langue kurde et non pas en langue turque, et que M. A justifie de liens intenses avec son frère ayant le statut de réfugié en France.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 5 septembre 2001, a fait l'objet d'un arrêté en date du 8 février 2024, notifié le 15 février suivant, par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités autrichiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. A, qui est déjà représenté par un avocat, a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement européen dont il est fait application.
5. L'arrêté litigieux vise les stipulations applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et notamment son article 18-1-b, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève le caractère irrégulier de l'entrée en France de M. A, qu'une attestation de demande d'asile en procédure Dublin lui a été remise le 11 décembre 2023 en application de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que la consultation du système Eurodac a montré que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes préalablement à l'introduction de sa demande d'asile en France. Il indique la date et le fondement de la saisine des autorités autrichiennes et mentionne que celles-ci, qui doivent être regardées comme étant responsables de l'examen de sa demande d'asile en application de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont donné explicitement leur accord à sa prise en charge le 22 décembre 2023. En outre, l'arrêté fait mention de la situation personnelle de M. A, en particulier de la prise en compte de la présence de son frère en France dont il a fait état, ainsi que de son absence d'invocation de problème de santé. L'arrêté énonce ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, sans que cette motivation ne présente de caractère stéréotypée. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, établissant les critères et les mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de 1'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de ne pas instruire la demande de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit ou, si nécessaire pour la bonne compréhension du demandeur, oralement, et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, leur délivrance complète par l'autorité administrative, notamment par la remise de la brochure prévue par les dispositions précitées, constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre, le 11 décembre 2023, les documents d'information A et B, intitulés respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue turque. D'autre part, M. A ayant déclaré auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin comprendre les langues turques et kurdes, il n'est pas fondé à soutenir que ces brochures auraient dû lui être fournies, non pas en langue turque, mais en langue kurde. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 (). / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié, le 11 décembre 2023, d'un entretien individuel dans les locaux de la préfecture de l'Essonne et que cet entretien a été réalisé avec le concours d'un interprète en langue kurde. Il ressort du compte rendu de cet entretien que l'intéressé a eu la possibilité de faire part de toute observation et de toute information pertinente relative à la détermination de l'Etat membre responsable. M. A a été personnellement reçu par un agent qualifié de la préfecture de l'Essonne, lequel doit être regardé, en l'absence d'élément permettant de le remettre en cause en l'espèce, comme une personne qualifiée en vertu du droit national pour mener cet entretien au sens du paragraphe 5 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ainsi qu'en atteste l'apposition de sa signature, M. A a eu connaissance du résumé de cet entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 24 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 : " () 3. Le numéro de référence visé à l'article 11, point d), à l'article 14, paragraphe 2, point d), à l'article 17, paragraphe 1, et à l'article 19, paragraphe 1, permet de rattacher sans équivoque des données à une personne spécifique et à l'État membre qui transmet les données. Il doit, en outre, permettre de savoir si les données concernent une personne visée à l'article 9, à l'article 14, paragraphe 1 ou à l'article 17, paragraphe 1. / 4. Le numéro de référence commence par la lettre ou les lettres d'identification prévues dans la norme visée à l'annexe I, qui désigne l'État membre qui a transmis les données. La lettre ou les lettres d'identification sont suivies du code indiquant la catégorie de personnes ou de demandes. "1" renvoie aux données concernant les personnes visées à l'article 9, paragraphe 1, () ". Aux termes de l'article 9 du même règlement : " 1. Chaque État membre relève sans tarder l'empreinte digitale de tous les doigts de chaque demandeur d'une protection internationale âgé de 14 ans au moins et la transmet au système central dès que possible et au plus tard 72 heures suivant l'introduction de la demande de protection internationale telle que définie à l'article 20, paragraphe 2, du règlement (UE) no 604/2013, accompagnée des données visées à l'article 11, points b) à g) du présent règlement. () ".
11. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du relevé de consultation du fichier " Eurodac " révélant une prise d'empreintes par les autorités autrichiennes le 25 octobre 2023 correspondant à un numéro de référence codifié en catégorie " 1 " au regard de l'article 24 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, soit en qualité de demandeur d'une protection internationale, que M. A a sollicité une telle protection auprès des autorités autrichiennes préalablement à sa demande faite en France. En outre, les autorités autrichiennes ont donné leur accord à la reprise en charge de M. A le 22 décembre 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas fait une telle demande en Autriche et qu'elle n'y serait pas en cours d'examen doit être écarté comme manquant en fait.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Toute personne relevant de l'article 9, paragraphe 1, de l'article 14, paragraphe 1, ou de l'article 17, paragraphe 1, est informée par l'État membre d'origine par écrit et, si nécessaire, oralement, dans une langue qu'elle comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend : a) de l'identité du responsable du traitement au sens de l'article 2, point d), de la directive 95/46/CE, et de son représentant, le cas échéant ; b) de la raison pour laquelle ses données vont être traitées par Eurodac, y compris une description des objectifs du règlement (UE) n° 604/2013, conformément à l'article 4 dudit règlement, et des explications, sous une forme intelligible, dans un langage clair et simple, quant au fait que les États membres et Europol peuvent avoir accès à Eurodac à des fins répressives ; c) des destinataires des données ; d) dans le cas des personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, de l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées ; e) de son droit d'accéder aux données la concernant et de demander que des données inexactes la concernant soient rectifiées ou que des données la concernant qui ont fait l'objet d'un traitement illicite soient effacées, ainsi que du droit d'être informée des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris les coordonnées du responsable du traitement et des autorités nationales de contrôle visées à l'article 30, paragraphe 1. 2. Dans le cas de personnes relevant de l'article 9, paragraphe 1, ou de l'article 14, paragraphe 1, les informations visées au paragraphe 1 du présent article sont fournies au moment où les empreintes digitales de la personne concernée sont relevées () ".
13. A la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui prévoit un document d'information sur les droits et obligations des demandeurs d'asile, dont la remise doit intervenir au début de la procédure d'examen des demandes d'asile pour permettre aux intéressés de présenter utilement leur demande aux autorités compétentes, l'obligation d'information prévue par les dispositions du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 précité, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. Le droit d'information des demandeurs d'asile contribue, au même titre que le droit de communication, le droit de rectification et le droit d'effacement de ces données, à cette protection. Il s'ensuit que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre de la décision par laquelle l'État français remet un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; () ".
15. Dès lors que, comme indiqué précédemment, il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande d'asile préalable auprès des autorités autrichiennes et que celle-ci demeurait en cours d'examen par ces autorités, cette circonstance suffisait à ce que l'Autriche soit tenue de le reprendre en charge au regard des dispositions du b) de l'article 18 précité. M. A ne peut, par suite, pas utilement se prévaloir de ce qu'il disposerait d'un titre de séjour en France en tant qu'une telle circonstance ferait obstacle à ce que l'Autriche doive le reprendre en charge au regard de ces dispositions. Ce moyen doit donc être écarté.
16. En septième lieu, aux termes de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. () ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. () ".
17. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A, en particulier au regard des articles 16 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, alors, notamment, que l'arrêté fait mention de ses déclarations lors de l'entretien individuel précédemment indiqué et en particulier de la présence de son frère majeur en France, ainsi que de son absence de problème de santé. Ce moyen doit donc être écarté comme manquant en fait.
18. D'autre part, M. A ne se prévaut pas d'être dans l'une des situations de dépendance visées par les dispositions précitées de l'article 16 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui nécessiterait l'assistance de son frère. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît ces dispositions. Ce moyen doit être écarté comme non fondé.
19. Par ailleurs, la faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. L'Autriche est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, sur la base d'éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés et au regard du standard de protection des droits fondamentaux garanti par le droit de l'Union, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant.
20. Compte tenu de ce qui précède, et dès lors que M. A se borne à faire valoir à cet égard qu'il vit avec son frère majeur ayant la qualité de réfugié en France, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ce moyen doit donc être écarté comme non fondé.
21. Enfin, si M. A fait valoir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il aurait ajouté à ces dispositions une condition de liens anciens, stables et intenses avec son frère, toutefois, il ressort des termes de l'arrêté que de telles caractéristiques du lien fraternel n'ont pas été retenus pour l'application de ces dispositions, mais pour en déduire que M. A ne pouvait se prévaloir d'une vie privée et familiale en France stable au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré de cette erreur de droit doit être écarté comme manquant en fait.
22. En huitième lieu, à supposer soulever un moyen tiré de la méconnaissance des articles 8 à 11 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que la présence en France de membres de la famille de M. A n'a pas été prise en compte, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut dès lors qu'être écarté.
23. En neuvième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
24. M. A indique être entré en France en octobre 2023 et y vivre avec son frère, précisant entretenir des liens intenses avec celui-ci, et ce dernier ayant, comme indiqué précédemment, la qualité de réfugié dans cet Etat. Toutefois, à supposer même ces circonstances de fait établies, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, l'arrêté litigieux n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
25. En dixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent et dès lors que M. A se borne à faire valoir à cet égard son exposition à des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de transfert en Autriche dans la mesure où il indique dépendre entièrement de son frère en France, sans cependant établir une telle situation de dépendance, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Ce moyen doit donc être écarté.
26. En onzième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
27. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 23 et dès lors que M. A se borne à faire valoir qu'il sera exposé à des traitements inhumains en cas de transfert en Autriche au motif qu'il y sera isolé, et y avoir été exposé à des sévices et qu'il y existerait des défaillances systématiques sans toutefois présenter d'élément permettant de l'accréditer, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit donc être écarté.
28. En dernier lieu, si M. A soutient que l'arrêté en litige est entaché d'erreur de droit dès lors que la préfète du Bas-Rhin n'a pas tenu compte de sa capacité à voyager, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut dès lors qu'être écarté.
29. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 8 février 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
30. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1997 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Aurélie Gabon et à la préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. RIFFLARDLa greffière,
Signé
S. VICENTE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026