vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400517 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | LEBAAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2024, Mme B F, représentée par Me Lebaad, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile.
Elle ne présente aucun moyen au soutien de ses conclusions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024 à 9h25, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité compétente, dès lors que sa signataire avait une délégation de signature de la préfète du Bas-Rhin régulièrement publiée au recueil des actes administratifs ;
- l'arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait ;
- Mme F a reçu les deux brochures d'information prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en langue bambara ;
- Mme F a bénéficié d'un entretien individuel respectant les conditions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- l'arrêté ne méconnaît pas les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que la faculté laissée par ces dispositions à un Etat de décider d'examiner une demande de protection internationale même si cet examen incombe à un autre Etat en vertu des critères fixés par ce règlement est discrétionnaire ; la capacité des autorités italiennes à reprendre en charge Mme F est présumée ; l'Italie a donné son accord pour reprendre en charge Mme F sur le fondement de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ce qui atteste que sa demande d'asile n'a pas déjà fait l'objet d'un rejet dans cet Etat ; Mme F n'a déclaré aucun problème de santé et les autorités italiennes devraient être regardées comme en mesure de lui apporter des soins qui lui seraient le cas échéant nécessaires ;
- il ne peut pas lui être enjoint de délivrer une attestation de demande d'asile ;
- il ne peut pas être enjoint aux autorités françaises d'examiner la demande d'asile de Mme F, au regard des dispositions de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rifflard, conseiller, en application des dispositions des articles R. 777-3-6 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, prévue initialement à 9h30 mais qui a débuté à 9h50 du fait de la réception tardive du mémoire en défense :
- le rapport de M. Rifflard, magistrat désigné,
- les observations présentées pour Mme F par Me Lebaad, qui conclut aux mêmes fins que la requête et demande, en outre, au tribunal d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'admettre Mme F au séjour et de la mettre en mesure de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ou à titre subsidiaire d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de se reconnaître compétente et d'examiner sa demande d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Elle demande également que soit mise à la charge de la préfète du Bas-Rhin une somme de 1 400 euros à verser au conseil de Mme F en application des dispositions combinées des article L 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Elle soutient que :
- le mémoire en défense présenté par la préfète du Bas-Rhin doit être écarté des débats dès lors qu'il n'a été communiqué que quelques minutes avant l'horaire initial de l'audience et qu'auparavant la préfète du Bas-Rhin n'avait pas communiqué les pièces du dossier administratif de Mme F, ces conditions ne permettant pas de garantir le respect du principe du contradictoire ;
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il n'est pas établi qu'une requête aux fins de reprise en charge telle que prévue par les articles 23 et 24 du règlement (UE) n°604/2013 ait été faite dans le délai et les conditions de forme imposés par ces articles ; l'accord de l'Etat requis pour reprendre en charge Mme F n'est pas non plus établi ;
- il n'est pas établi que Mme F ait été destinataire des informations relatives à la procédure Dublin prévues par les articles 4 et 26 du règlement (UE) n° 604/2013 dans une langue qu'elle comprend ;
- la préfète du Bas-Rhin s'est abstenue d'examiner si la réadmission de Mme F en Italie ne constituait pas une atteinte grave au droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît les articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que les autorités françaises auraient dû user de leur clause discrétionnaire et s'abstenir de décider le transfert de Mme F en Italie dès lors que ce transfert ne lui permettra pas de bénéficier d'un examen de sa demande d'asile dans des conditions conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile et l'expose à un risque de traitement inhumain et dégradant ;
- et les observations de Mme F, assistée de Mme C D, interprète en langue bambara, qui fait état de son mariage sous contrainte au Mali et des menaces dont elle a fait l'objet dans ce pays, ainsi que de l'absence de soins adaptés dans son camp pour réfugiés en Italie en particulier dans le cadre de la prise en charge de sa fausse couche.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante malienne née le 5 décembre 1997, a fait l'objet d'un arrêté en date du 11 janvier 2024, notifié le 22 février suivant, par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Mme F demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité du mémoire en défense de la préfète du Bas-Rhin :
2. Aux termes de l'article R. 777-3-6 du code de justice administrative, applicable aux recours en annulation contre les décisions de transfert mentionnées à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention ou assigné à résidence : " La présentation, l'instruction et le jugement des recours obéissent aux règles définies aux articles R. 776-7, R. 776-8, R. 776-15, R. 776-18, R. 776-20-1, R. 776-22 à 26 et aux trois premiers alinéas de l'article R. 776-27 ". Aux termes de l'article R. 776-18 du même code : " La requête est présentée en un seul exemplaire. () Les décisions attaquées sont produites par l'administration ". Aux termes de l'article R. 776-24 du même code : " Après le rapport fait par le président du tribunal administratif ou par le magistrat désigné, les parties peuvent présenter en personne ou par un avocat des observations orales. Elles peuvent également produire des documents à l'appui de leurs conclusions. Si ces documents apportent des éléments nouveaux, le magistrat demande à l'autre partie de les examiner et de lui faire part à l'audience de ses observations ". Aux termes de l'article R. 776-26 du même code : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience ".
3. D'une part, et dès lors que la copie de la décision attaquée était jointe à sa requête, Mme F n'est pas fondée à se prévaloir de ce que la préfète du Bas-Rhin était tenue de communiquer d'office, dans le cadre de cette instance, les autres pièces du dossier administratif en sa possession concernant cette décision. D'autre part, bien que parvenu tardivement, le mémoire en défense produit en l'espèce par la préfète du Bas-Rhin a été enregistré avant le début de l'audience publique fixé à 9h30. Compte tenu de cette production tardive, le début de cette audience a été reporté à 9h50, une copie imprimée de ce mémoire en défense ayant par ailleurs été fournie par le greffe du tribunal au conseil de Mme F sur sa demande et dès son enregistrement. Mme F, qui n'avait pas présenté de moyens avant l'ouverture de cette audience, a été en mesure de présenter utilement de tels moyens et de critiquer les moyens en défense en formulant ses observations orales au cours de l'audience. Cet échange s'étant produit avant la clôture de l'instruction, laquelle est intervenue à l'issue de l'audience, la requérante n'est pas fondée à demander que le mémoire en défense produit par la préfète du Bas-Rhin soit écarté des débats.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A H, directeur des migrations et de l'intégration, à effet de signer tous actes relevant des attributions de sa direction, subdélégation à Mme I J, adjointe au chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme E G, cheffe du pôle régional Dublin et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer notamment les arrêtés de transfert pris en application de la procédure Dublin et les décisions d'assignation à résidence pris sur ce fondement. La requérante ne conteste pas que Mme J aurait été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme G, signataire des arrêtés en litige, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) no 603/2013. () / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / 4. Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. () ". L'article 24 du même règlement prévoit des règles relatives à la présentation d'une requête aux fins de reprise en charge lorsque aucune nouvelle demande a été introduite dans l'État membre requérant.
6. Il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont relevé les empreintes digitales de Mme F le 11 septembre 2023 à l'occasion de sa demande d'asile déposée auprès du guichet unique de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, et que la consultation le même jour du fichier Eurodac a révélé qu'elle avait déjà déposé une demande d'asile auprès des autorités italiennes, correspondant à un résultat positif Eurodac (" hit ") en catégorie 1. La préfète du Bas-Rhin produit le formulaire par lequel les autorités françaises ont requis les autorités italiennes pour la reprise en charge par l'Etat italien de Mme F sur le fondement de l'article 18-1-b du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Ce formulaire mentionne les informations relatives à l'identité de Mme F, son état civil, la référence Eurodac correspondant à sa demande d'asile en Italie et la date de cette dernière, à savoir le 7 juin 2022, la date du résultat positif Eurodac en France ci-avant et les circonstances de l'entrée et du séjour en Europe indiquées par l'intéressée. Le 10 novembre 2023, les autorités compétentes italiennes ont donné leur accord aux autorités françaises pour la reprise en charge de Mme F sur le fondement des dispositions de l'article 18-1-b du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir qu'une requête aux fins de sa reprise en charge par les autorités italiennes n'aurait pas été faite dans les délais et dans les conditions prévues par l'article 23 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.
7. Elle ne peut, par ailleurs, pas utilement soutenir que les conditions prévues à l'article 24 du même règlement n'auraient pas été respectées dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a déposé une demande d'asile en France, l'Etat requérant.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ".
9. Aux termes de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque l'État membre requis accepte la prise en charge ou la reprise en charge d'un demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), l'État membre requérant notifie à la personne concernée la décision de le transférer vers l'État membre responsable et, le cas échéant, la décision de ne pas examiner sa demande de protection internationale. Si la personne concernée est représentée par un conseil juridique ou un autre conseiller, les États membres peuvent choisir de notifier la décision à ce conseil juridique ou à cet autre conseiller plutôt qu'à la personne concernée et, le cas échéant, de communiquer la décision à la personne concernée. / 2. La décision visée au paragraphe 1 contient des informations sur les voies de recours disponibles, y compris sur le droit de demander un effet suspensif, le cas échéant, et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours et à la mise œuvre du transfert et comporte, si nécessaire, des informations relatives au lieu et à la date auxquels la personne concernée doit se présenter si cette personne se rend par ses propres moyens dans l'État membre responsable. Les États membres veillent à ce que des informations sur les personnes ou entités susceptibles de fournir une assistance juridique à la personne concernée soient communiquées à la personne concernée avec la décision visée au paragraphe 1, si ces informations ne lui ont pas encore été communiquées. / 3. Lorsque la personne concernée n'est pas assistée ou représentée par un conseil juridique ou un autre conseiller, les États membres l'informent des principaux éléments de la décision, ce qui comprend toujours des informations sur les voies de recours disponibles et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours, dans une langue que la personne concernée comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend ".
10. D'une part, Mme F ne peut pas utilement faire valoir, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en litige, qu'elle n'aurait pas été destinataire des informations relatives à la procédure Dublin prévues par les articles 4 et 26 du règlement (UE) n° 604/2013 dans le pays requis, en l'espèce l'Italie, avant son départ de celui-ci. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.
11. D'autre part, à supposer que Mme F soulève également le moyen tiré de ce que les obligations d'information prévues par les articles 4 et 26 du règlement (UE) n° 604/2013 n'ont pas non plus été respectées par les autorités françaises, il ressort des pièces du dossier que Mme F s'est vue remettre, le 11 septembre 2023, les documents d'information A et B, intitulés respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue bambara. Par ailleurs, l'arrêté en litige a été notifié à Mme F le 22 février 2024 avec le concours d'un interprète en langue bambara, ainsi que cela est mentionné sur cet arrêté. Il comportait notamment la mention des voies et délais de recours, l'effet suspensif lié à un tel recours et l'indication de voies d'accès pour obtenir l'assistance d'un conseil. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 devraient donc être écartés comme manquant en fait.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".
13. Aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin se serait abstenue d'examiner si la réadmission de Mme F en Italie constituait ou non une atteinte grave au droit d'asile, au regard des dispositions et stipulations précitées, l'arrêté mentionnant expressément que l'intéressée n'établissait pas de risque personnel constituant une telle atteinte. Le moyen tiré d'une erreur de droit à cet égard doit donc être écarté comme manquant en fait.
16. D'autre part, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressée apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressée serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. L'Italie, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. En se bornant à faire valoir sa crainte de prises en charge médicale défaillantes en Italie, sans cependant faire état de problèmes médicaux actuels, et celle de menaces auxquelles un retour au Mali l'exposerait, Mme F n'apporte pas d'élément permettant d'établir qu'il existerait en Italie des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, ni que sa propre demande d'asile serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, ni qu'elle serait personnellement exposée à un risque réel et avéré de subir des traitements inhumains et dégradants au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de transfert aux autorités italiennes. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté méconnaît les articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
18. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment indiqués, à supposer que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soit soulevé, il doit également être écarté comme non fondé.
19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin a décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme F, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1997 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme F au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Me Barbara Lebaad et à la préfète du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
R. RIFFLARDLa greffière,
Signé
S. VICENTE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026