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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400540

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400540

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL HOUDART ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars et le 8 avril 2024, l'établissement hébergement des personnes âgées dépendantes de Thiéblemont-Farémont (51), représenté par la SELARL Houdart et associés, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de déterminer l'étendue et la cause des désordres affectant les bâtiments " Les Bois ", " Les Champs " et " Les Fleurs ". Il demande en outre d'ordonner la prise en charge totale des frais d'expertise par les sociétés défenderesses.

Il soutient que :

- il a entrepris une opération de travaux de rénovation de son bâtiment principal " Les Fleurs " et d'extension de deux pavillons récents " Les Bois " et " Les Champs " ;

- par acte d'engagement du 5 avril 2018, il a signé un marché de maîtrise d'œuvre avec la SARL Grzeszczak Rigaud Architectes, devenue SARL Omada Architectes, en qualité de mandataire d'un groupement conjoint composé de la SARL Grzeszczak Rigaud Architectes, de la société 3C Ingénierie, de la SARL Sodeba et associés, de la société Alma Consulting et de la société Venathec ;

- la maîtrise d'œuvre a sous-traité le suivi des travaux phase 1 et 2 à la société NetA maîtrise d'œuvre et l'assistant à maîtrise d'œuvre était la société MP Conseil ;

- le marché de travaux a été alloti en quinze lots ;

- le délai d'exécution des travaux a été fixé à trente et un mois ;

- s'agissant du lot n° 10 " CVC Plomberie ", attribué à la société ADR, les travaux ne sont pas achevés ;

- outre les retards importants, des dysfonctionnements majeurs et récurrents ont été constatés sur le réseau d'eau chaude sanitaire, puis sur le chauffage, dus à des problèmes de conception et/ou de réalisation ; ces dysfonctionnements ont fait obstacle à toute réception ;

- plusieurs mises en demeure ont été adressées au groupement de maîtrise d'œuvre ;

- s'agissant des dysfonctionnements majeurs survenus sur le réseau d'eau chaude sanitaire, les principaux désordres identifiés sont : une absence d'eau chaude sanitaire ainsi qu'une perturbation du réseau d'eau chaude sanitaire sur le bâtiment " Les Bois ", une perturbation du réseau d'eau chaude sanitaire sur le bâtiment " Les Champs ", une absence d'eau chaude sanitaire le matin, une production d'eau chaude sanitaire défaillante car non finalisée, la dégradation des réseaux cuivre d'eau chaude sanitaire existants ; les désordres, dont il existe un doute sur leur cause, ont été soit non-solutionnés, soit provisoirement solutionnés ;

- s'agissant des dysfonctionnements majeurs de chauffage, les principaux désordres identifiés sont : du bruit dans les radiateurs, l'absence de chauffage ainsi que l'inversion des flux départ/retour dans le bâtiment " Les Bois " ; les désordres perdurent ;

- l'ensemble de ces désordres compromettent la santé des patients.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, la SARL Omada Architectes, représentée par la SELAR Morel Thibaut, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves sur la demande d'expertise présentée par l'Ehpad de Thiéblemont-Farémont. Elle demande en outre d'ordonner la mesure d'expertise au contradictoire de M. C E et de la SAS Dekra Industrial.

Elle fait valoir que la mesure d'expertise doit être ordonnée au contradictoire de M. C E, en sa qualité de titulaire du lot n° 10 " CVC-Plomberie ", et de la SAS Dekra Industrial, en sa qualité de contrôleur technique de l'opération de rénovation et d'extension des bâtiments de l'Ehpad.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, la SAS 3C Ingénierie, représentée par la SELARL Pelletier, demande au tribunal de lui donner acte de ce qu'elle formule toutes protestations et réserves quant à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, la société MP Conseil, représentée par la SCP Lebon et associés, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée. Elle demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions et d'ordonner l'extension des opérations d'expertise à M. C E, exerçant sous l'enseigne ADR.

Elle fait valoir que :

- dès lors que l'expert doit avoir pour mission de réunir les éléments factuels et techniques permettant ultérieurement au tribunal de dire si les dommages affectent des éléments d'équipement dissociables, indissociables ou constitutifs des immeubles, de dire si les désordres sont de nature à compromettre la solidité des immeubles ou les rendre impropres à leur destination, de préciser l'importance respective des causes à l'origine des désordres, la mission d'expertise présentée par l'Ehpad est incomplète ;

- dès lors que M. C E, exerçant sous l'enseigne ADR, est pleinement impliqué en sa qualité de titulaire du lot litigieux, ce dernier doit être associé à l'expertise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, la société Sodeba Ginko, représentée par la SELAS ACG, demande au tribunal sa mise hors de cause.

Elle fait valoir que :

- dès lors que les désordres reprochés portent exclusivement sur le lot plomberie-chauffage, sa mise en cause, en sa qualité de BET Structure, n'est pas utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, la SAS Dekra Industrial, représentée par Me Jean-Pierre Loctin, demande au tribunal de lui donner acte de ce qu'elle formule toute protestation et réserves sur la demande d'ordonnance commune formée à son encontre par la société Omada Architectes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, la SARL NetA Maîtrise d'œuvre, représentée par la SCP Badré Hyonne Sens-Salis Roger, demande au tribunal de lui donner acte de ses protestations et réserves. Elle demande en outre d'écarter la demande de mise hors de cause présentée par la société Sodeba Ginko.

Elle fait valoir que, compte tenu des multiples griefs formulés par l'Ehpad de Thiéblemont-Farémont, il est nécessaire que tous les intervenants à la construction soient présents aux opérations d'expertise.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par l'Ehpad de Thiéblemont-Farémont entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur les conclusions de la société Sodeba Ginko tendant à sa mise hors de cause :

3. La société Sodeba Ginko soutient que, dès lors qu'elle est exclusivement responsable de ses missions en qualité de BET Structure, il n'existe aucune raison, ni technique, ni juridique qu'elle soit partie à une expertise qui ne peut la concerner.

4. Si cette société fait valoir n'avoir eu qu'une mission BET Structure au sein d'un groupement solidaire, il résulte de l'instruction que, si une décomposition du prix des prestations maîtrise d'œuvre figure bien en annexe de l'acte d'engagement maîtrise d'œuvre, cette répartition des honoraires ne permet pas de déterminer les modalités de réalisation des prestations dévolues au groupement de maîtrise d'œuvre entre les membres du groupement. Par suite, alors, en tout état de cause que sa seule qualité de membre du groupement ne rend pas inutile sa présence à l'expertise, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la société Sodeba Ginko tendant à sa mise hors de cause.

O R D O N N E :

Article 1er: Les conclusions de la société Sodeba Ginko tendant à sa mise hors de cause sont rejetées.

Article 2 : M. A D, demeurant à Heillecourt (54182) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, rue Laurent Gérard à Thiéblemont-Farémont et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres visés dans la requête qui affectent le réseau d'eau chaude sanitaire et le chauffage des bâtiments " Les Bois ", " Les Champs " et " Les Fleurs " en indiquant leur date d'apparition ;

2°) décrire les malfaçons qui seraient constatées et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à le rendre impropre à sa destination ;

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'immeuble endommagé et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ; déterminer l'imputation de chacun des intervenants à l'acte de construire ;

4°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ;

5°) donner son avis motivé sur la demande chiffrée présentée par les parties tendant à l'évaluation du coût des travaux ;

6°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, l'expert :

- avertira les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ;

- recueillera et consignera les observations des parties sur les constatations auxquelles il procèdera et les conclusions qu'il envisagera d'en tirer.

Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 décembre 2024. L'expert notifiera lui-même les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Ehpad de Thiéblemont-Farémont, à la société Omada architectes, à la société 3C Ingénierie, à la société Sodeba Ginko, à la société Alma consulting, à la société Venathec, à la société MP Conseil, à la société NetA maitrise d'œuvre, à la société ADR et à M. A D, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 10 juin 2024.

Le juge des référés,

signé

O. B

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