mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400542 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M. A B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 1er mars 2024 par laquelle le préfet de la Marne a modifié l'arrêté du 5 février 2024 l'assignant à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500,00 euros à verser à Me Gabon en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;
- il méconnaît son droit d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été informé du fait qu'il pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence et dès lors qu'il n'a pu faire valoir ses observations ;
- il n'a pas été notifié en présence d'un interprète ;
- il méconnaît l'article 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté méconnaît l'article 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est illégal en ce que la durée de la prolongation ne pouvait excéder la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- il porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir.
Le préfet de la Marne a produit des pièces le 11 mai 2024 et le 13 juin 2024.
Des précisions ont été demandées au préfet de la Marne sur le fondement de l'article R. 611-10 du code de justice administrative le 24 juin 2024. Le préfet de la Marne a produit, le même jour, des pièces en réponse à cette demande.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de décision du 1er mars 2024 dès lors que le requérant a été éloigné du territoire français et que les effets de l'assignation à résidence ont cessé.
Par ordonnance du 24 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Alibert a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien né en 1976, a fait l'objet d'un arrêté en date du 5 février 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de six mois avec l'obligation de se présenter au commissariat de Reims le lundi, le mercredi et le vendredi. Par décision du 1er mars 2024, le préfet de la Marne a modifié l'arrêté du 5 février 2024 en supprimant l'obligation de se présenter au commissariat le mercredi. M. B demande au tribunal l'annulation de cette seconde décision.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
4. La décision attaquée modifie l'arrêté du 5 février 2024 assignant à résidence le requérant en allégeant son obligation de pointage. Cette décision, favorable au requérant, n'est pas au nombre de celles devant être motivées et devant être précédées d'une procédure contradictoire. Par suite les moyens tirés du défaut de motivation, de l'absence d'examen sérieux de la situation du requérant et de l'absence de procédure contradictoire préalable doivent être écartés.
5. Les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile imposent, notamment, que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision notifiée, au plus tard lors de la première présentation de l'assigné à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que l'absence d'information telle que prévue par cet article est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions.
6. Les dispositions des articles 731-3 et 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient les conditions d'assignation à résidence, ne peuvent utilement être invoquées au soutien de conclusions tendant à l'annulation d'un arrêté modifiant uniquement l'obligation de se présenter auprès des services de police. De même, la circonstance que la durée d'assignation à résidence excèderait la durée d'interdiction de retour sur le territoire français est sans incidence sur la légalité de l'arrêté modificatif.
7. En se bornant à indiquer que son impécuniosité, son éloignement géographique, la scolarité de ses enfants mineurs et l'état de santé de son fils l'empêcheraient de se rendre chaque jour au commissariat, sans apporter de précision à ce sujet, le requérant n'établit pas qu'il ne serait pas à même de respecter l'obligation de se présenter au commissariat deux fois par semaine. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir d'une erreur d'appréciation ni même d'une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2024 par laquelle le préfet de la Marne a modifié l'arrêté du 5 février 2024 en supprimant l'obligation de se présenter au commissariat de police de Reims le mercredi.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
Mme Alibert, première conseillère,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
B. ALIBERTLe président,
signé
A. DESCHAMPSLe greffier,
signé
A. PICOT
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