jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400544 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 5 mars 2024, 17 mars 2024 et 31 mai 2024, Mme C F, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 du préfet de la Marne portant refus de lui accorder une protection contre l'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " notamment pour raisons médicales, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de produire dans le cadre de la présente instance l'intégralité des éléments afférents à la mesure d'expertise diligentée outre l'entier dossier médical sur la base duquel le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis son avis le 29 septembre 2023 ainsi que l'avis querellé, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros, à verser à Me Gabon, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature régulièrement publiée de cette dernière n'est pas établie ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation, en particulier de sa situation médicale ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que son droit d'être entendue n'a pas été respecté ;
- cette procédure est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été assistée d'un interprète qualifié, en méconnaissance des articles L. 141-2 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; dès lors qu'elle n'a pas été avisée de la possibilité d'être assistée de la personne de son choix lors de l'expertise médicale en méconnaissance de l'article 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ait été saisi, ni que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ait été compétent et que ses membres aient été identifiés et aient signé l'avis ; l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulier dès lors qu'il ne comporte pas de précisons sur la nécessité de la prise en charge, les conséquences, le traitement approprié et disponible dans le pays d'origine ainsi que la durée prévisible du traitement ; c'est à tort que cet avis retient que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
- le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- l'arrêté méconnaît les articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet de la Marne n'a pas statué sur la possibilité d'obtenir des soins appropriés dans son pays d'origine ; dès lors qu'il retient à tort que l'absence de traitement médical ne l'exposerait pas à des conséquences d'une exceptionnelle gravité concernant sa santé ; dès lors qu'il retient à tort que le traitement médical nécessaire à son état de santé est disponible dans son pays d'origine ; dès lors qu'il retient à tort que son état de santé lui permet de voyager ;
- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son maintien en France est justifié par des circonstances exceptionnelles et personnelles ;
- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle est exposée à des persécutions dans son pays d'origine.
Le préfet de la Marne a produit des pièces, enregistrées les 13 mars 2024 et 19 mars 2024.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des observations et des pièces, enregistrées les 22 avril 2024 et 26 avril 2024 et communiquées.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rifflard, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, ressortissante albanaise née le 5 janvier 1976, est entrée en France en décembre 2014 et a présenté une demande d'asile. Par une décision du 7 septembre 2015, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande, cette décision ayant été confirmée par une décision du 13 juillet 2016 de la Cour nationale du droit d'asile. Elle a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français le 31 décembre 2015, qu'elle n'a pas exécutée. Elle a présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade le 29 novembre 2017, qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 13 juillet 2018, assortie d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français, laquelle a été exécutée le 28 septembre 2018. Après son retour en France le 20 février 2019, elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, qui a été rejetée comme étant irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 juin 2019. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 30 août 2022, le recours en excès de pouvoir exercé à son encontre ayant été rejeté par un jugement n° 2202111 du 19 octobre 2022 du présent tribunal. Le 27 février 2023, elle a présenté auprès des services de la préfecture de la Marne une demande de protection contre l'éloignement en faisant valoir son état de santé. Par un arrêté du 10 octobre 2023, le préfet de la Marne a refusé de lui accorder cette protection contre l'éloignement. Par sa requête, Mme F demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. A E, préfet de la Marne, a donné à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture de la Marne et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est, dès lors, suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle de Mme F, y compris au regard de sa situation médicale, avant de prendre l'arrêté contesté. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit donc être écarté.
5. En quatrième lieu, Mme F se prévaut du droit d'être entendu selon lequel, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, l'autorité administrative doit, préalablement à l'adoption d'une décision de retour, mettre le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. En l'espèce, l'arrêté en litige fait suite à une demande présentée par Mme F afin de bénéficier d'une protection contre l'éloignement. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée du droit d'être entendue qu'elle invoque. Ce moyen doit donc être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 141-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger fait l'objet d'une décision de refus d'entrée en France, de placement en rétention ou en zone d'attente, de retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour ou de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne parle pas le français, il indique au début de la procédure une langue qu'il comprend. Il indique également s'il sait lire. / Ces informations sont mentionnées sur la décision de refus d'entrée, de placement ou de transfert ou dans le procès-verbal prévu au premier alinéa de l'article L. 813-13. Ces mentions font foi sauf preuve contraire. La langue que l'étranger a déclaré comprendre est utilisée jusqu'à la fin de la procédure. Si l'étranger refuse d'indiquer une langue qu'il comprend, la langue utilisée est le français ". Aux termes de l'article L. 141-3 du même code : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. () ".
7. La décision portant refus de protection contre l'éloignement ne figure pas au nombre des décisions pour lesquelles le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la communication dans une langue que comprend l'étranger. Mme F n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige aurait été pris en méconnaissance de ces dispositions au motif qu'elle n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète. Ce moyen doit être écarté comme inopérant.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de l'article R. 611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
9. Aux termes de l'article 9 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui, dans le cadre de la procédure prévue aux titres I et II du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sollicite le bénéfice des protections prévues au 10° de l'article L. 511-4 ou au 5° de l'article L. 521-3 du même code est tenu de faire établir le certificat médical mentionné au deuxième alinéa de l'article 1er. / Il en est de même de l'étranger qui, faisant l'objet d'un arrêté d'expulsion non exécuté, sollicite son assignation à résidence en application de l'article L. 523-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. / Toutefois, lorsque l'étranger est retenu en application de l'article L. 551-1 du même code, il est tenu de faire établir ce certificat médical par le médecin intervenant dans le lieu de rétention conformément à l'article R. 553-8 du même code. Le préfet est informé sans délai de cette démarche. / Dans tous les cas, l'étranger est tenu d'accomplir toutes les formalités nécessaires à l'établissement du certificat médical pour bénéficier de la protection qu'il sollicite ". Aux termes de l'article 11 du même arrêté : " Au vu du certificat médical, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 ou, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 561-2 ou de l'article L. 552-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou retenu en application de l'article L. 551-1 du même code, le médecin de l'office désigné par son directeur général pour émettre l'avis sur l'état de santé prévu à l'article R. 511-1 du même code émet un avis dans les conditions prévues à l'article 6 et au présent article et conformément aux modèles figurant aux annexes C et D du présent arrêté. / Pour l'établissement de l'avis, le collège de médecins ou le médecin de l'office peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant rempli le certificat médical. Le demandeur en est informé. / Le collège de médecins ou le médecin de l'office peut convoquer le demandeur et faire procéder à des examens complémentaires. Dans ce cas, le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. Il peut être assisté d'un interprète et d'un médecin de son choix. / Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et contrairement à ce que soutient la requérante, que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas convoqué Mme F, ni fait procéder à des examens complémentaires, dans le cadre de l'instruction de sa demande de protection contre l'éloignement. Dans ces conditions, Mme F ne peut utilement soutenir qu'elle a été privée de la possibilité d'être assistée d'une personne de son choix prévue par les dispositions de l'article 11 précité.
11. Il résulte des dispositions citées au point 9 que, dans le cadre d'une demande de protection contre l'éloignement, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration statue au vu d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier et non au vu du rapport médical établi par le médecin de l'office. Par suite, Mme F ne peut utilement soutenir que le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été saisi. Ce moyen doit donc être écarté comme inopérant.
12. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration était composé des Dr B D, Christian Netillard et Ignace Mbomeyo, lesquels ont rendu un avis le 29 septembre 2023, comportant leur signature, au regard duquel le préfet de la Marne a prononcé l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.
13. En outre, cet avis mentionne expressément, conformément aux dispositions précitées au point 9, que si l'état de santé de Mme F nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne peut pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressée. Dans ces conditions, et en l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, Mme F n'est pas fondée à soutenir que cet avis devait comporter des précisions sur la nécessité de la prise en charge de l'intéressée, sur les conséquences, sur le traitement approprié et disponible dans le pays d'origine ainsi que sur la durée prévisible du traitement. Ce moyen doit être écarté.
14. D'autre part, pour refuser d'accorder à Mme F une protection contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 30 août 2022, le préfet de la Marne a retenu, d'une part, que, par un avis du 29 septembre 2023, qui ne le lie pas, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme F nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que, après expertise médicale, l'intéressée peut voyager sans risque vers l'Albanie, et, d'autre part, que l'intéressée n'avait fait état d'aucune circonstance exceptionnelle et personnelle d'une telle gravité qu'elle empêchait un accès au traitement médical dans le pays dont elle a la nationalité.
15. Il ressort des pièces du dossier que Mme F souffre de troubles anxio-dépressifs et d'un stress post-traumatique, liés en particulier à la peur de devoir retourner en Albanie où elle déclare avoir subi des maltraitances au sein de son cercle familial, et qui se manifestent notamment par des sursauts au moindre bruit, des cauchemars, des céphalées fréquentes et des troubles cognitifs. Elle a été hospitalisée en France durant un mois en 2016 pour un épisode dépressif sévère et bénéficie de soins médicamenteux et d'une psychothérapie. S'il ressort des pièces du dossier qu'elle présente un risque de décompensation dépressive et un risque suicidaire, ces éléments ne suffisent pas à établir que l'absence de traitement exposerait Mme F à des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour son état de santé. En outre,
Mme F fait valoir que, contrairement à ce qu'a retenu le préfet de la Marne, le traitement médical que son état de santé requiert ne lui serait pas disponible dans son pays d'origine en se fondant notamment sur un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme du 21 mai 2020 ayant prononcé une condamnation à l'encontre de l'Albanie pour violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des conditions de détention du requérant et du traitement médical inadéquat à l'hôpital pénitentiaire et des articles 5 § 1, 5 § 4 et 5 §5 de cette même convention, ainsi que sur une étude de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés sur le traitement de l'épilepsie et de la dépression en Albanie réalisée en 2015. Toutefois, les éléments ainsi produits ne permettent en tout état de cause pas d'établir l'indisponibilité du traitement médical que l'état de santé de Mme F requiert. Si elle soutient que son état de santé ne lui permet pas de voyager, une telle impossibilité de voyager n'est pas établie. Il ressort par ailleurs des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Marne ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Marne aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni des dispositions de l'article L. 425-9 du même code.
16. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
17. Il ressort des pièces du dossier que Mme F est arrivée en France pour la première fois en 2014, qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en Albanie en septembre 2018 et qu'elle est revenue en France en février 2019. Elle a vécu la grande majorité de sa vie en Albanie, où elle a été mariée avant d'y divorcer, et où demeurent toujours ses deux fils majeurs. Si elle se prévaut de la présence en France de sa fille majeure, il n'est pas contesté que cette dernière est en situation irrégulière. Elle ne justifie pas de son intégration par la seule participation à des ateliers ponctuels de cours de français entre 2021 et 2022 et par ses allégations afférentes à l'existence de liens stables et personnels en France depuis son arrivée sur le territoire. Dans ces conditions, et eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision litigieuse n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
18. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
19. Les circonstances précédemment rappelées, dont Mme F se prévaut au regard de l'article L. 435-1 précité, ne sont pas de nature à établir que sa situation répond à des considérations humanitaires ou que son admission au séjour se justifie au regard de motifs exceptionnels. Dans ces conditions, le préfet de la Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la situation de Mme F ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. En neuvième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
21. Mme F se borne à faire valoir qu'elle a fait l'objet de persécutions dans son pays d'origine. S'il ressort des pièces du dossier que Mme F a indiqué, dans le cadre de sa demande d'asile en 2015, avoir été victime en Albanie de violences de la part de son ex-mari, de son ex-beau-frère et de ses enfants, y compris de sa fille désormais présente en France et, dans le cadre de sa demande de réexamen de sa demande d'asile en 2019, que durant son dernier séjour en Albanie à compter de septembre 2018, elle a été menacée par la famille de son ex-mari et frappée par des amis de son ex-beau-frère alors qu'elle rejoignait son frère, ces allégations, qui se rapportent en outre à des faits relativement anciens, ne suffisent toutefois pas à établir l'existence d'un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Au surplus, sa demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile, et sa demande de réexamen de sa demande d'asile après son retour en France a également été rejetée. Mme F n'est dès lors pas fondée à soutenir que le préfet de la Marne a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mach, présidente,
M. Rifflard, conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
R. RIFFLARDLa présidente,
Signé
A-S. MACH
La greffière,
Signé
A. DEFORGE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026