mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400559 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2024, M. B A, représenté
par Me Focachon, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel la préfète
de la Haute-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter
le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre
une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours à Saint-Dizier.
M. A soutient que :
- son ancienneté sur le territoire français, son expérience professionnelle
et son intégration sociale lui permettaient de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;
- la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait falloir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement du 13 mars 2024 par lequel le magistrat désigné a renvoyé à la formation collégiale les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délivrance du titre de séjour et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Deschamps a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 3 juillet 1990 a sollicité le 7 août 2023
son admission exceptionnelle au séjour auprès des service de la préfecture de la Haute-Marne. Par un arrêté du 4 février 2024, la préfète de la Haute-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre
de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours à Saint-Dizier. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Par un jugement du 13 mars 2024, le magistrat désigné a statué sur les conclusions
de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans délai, fixant le pays de destination, interdisant son retour sur le territoire français pendant
une durée d'un an et l'assignant à résidence. Il n'y a plus lieu, pour la formation collégiale
du tribunal, que de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté de la préfète
de la Haute-Marne en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France à titre exceptionnel, soit au titre d'une activité salariée, soit au titre
de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer
les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.
4. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet
de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble
des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu
de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure
de régularisation.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français
en 2019. Si trois membres de sa fratrie et sa grand-mère se trouvent régulièrement sur le territoire français, il se déclare célibataire et sans enfant à charge. En outre, en se bornant à produire
un contrat de travail à durée indéterminée, signé le 10 juin 2022 qui a pris fin
le 14 novembre 2022, il ne justifie pas d'une particulière insertion professionnelle. Au regard
de ces éléments, la préfète de la Haute-Marne a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de titre de séjour du requérant.
6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
7. Il ressort des pièces du dossier et notamment des éléments mentionnés au point n° 5 que le requérant, s'il dispose d'attache familiale en France, n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision du 4 mars 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision du 4 mars 2024 par lequel la préfète de la Haute-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète
de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
P.-H. MALEYRELe président,
signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
signé
A. PICOT
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