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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400614

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400614

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2024, M. A C, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet de la Marne a prolongé, pour une durée de quarante-cinq jours, l'assignation à résidence dont il faisait l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon, de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il a été pris sans que la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration n'ai été appliquée ;

- les articles L. 141-3 et L. 141-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnus dès lors qu'aucun formulaire ne lui a été remis, et qu'il n'a pas été entendu en langue géorgienne préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ; qu'il n'était pas accompagné d'une personne de son choix et n'a pas été assisté d'un interprète qualifié ;

- il n'entre dans aucune des prévisions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne pouvait, par suite, faire l'objet d'une assignation à résidence ;

- le préfet a méconnu l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en exigeant qu'il se présente quotidiennement entre 08h00 et 09h00 au commissariat, alors qu'il souffre des vertèbres lombaires et est impécunieux, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Gabon qui reprend à l'oral les moyens et les conclusions contenus dans ses écritures et ajoute que l'existence d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire national n'étant pas établi, la décision en litige est privée de base légale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". En vertu de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du même code, régissant les modalités de mise en œuvre de la procédure contradictoire imposée préalablement à l'adoption de décisions devant faire l'objet d'une motivation, ne sont pas applicables aux " décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ".

4. Il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions de transfert et des décisions d'assignation à résidence. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté contesté. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un vice de procédure.

5. les dispositions des articles L. 141-3 et L. 141-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant applicables aux seules procédures qui prévoient qu'une information doit être communiquée à l'étranger dans une langue qu'il comprend et alors qu'une décision portant assignation à résidence, ne prévoit pas une telle information, l'intéressé ne peut utilement soutenir qu'il n'a pas été informé et n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté en présence d'un interprète en méconnaissance des dispositions précitées. Si les écritures du requérant doivent être interprétées comme invoquant une méconnaissance de son droit à être entendu, invocable indépendamment des dispositions précitées, il est constant qu'il a été entendu le 16 janvier 2024 par les services de police de Reims ; audition au cours de laquelle il a pu faire valoir tout élément qu'il estime utile.

6. La circonstance que la situation de l'intéressé ne rentrerait dans aucun des cas prévus à l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, dès lors que l'arrêté attaqué n'a pas été pris sur le fondement de ces dispositions, sans incidence sur sa légalité.

7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

8. il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de l'intéressé ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Le préfet a, par suite, pu fonder sa décision sur les dispositions précitées. La circonstance que M. C a respecté les précédentes assignations à résidence dont il a été l'objet est sans incidence sur la légalité du présent arrêté. La seule circonstance que le préfet n'a pas produit à l'instance l'arrêté portant obligation de quitter le territoire qui fonde la décision en litige ne permet pas d'établir que cet arrêté serait inexistant, alors qu'au demeurant le requérant n'en conteste pas la matérialité dans ses écritures.

9. Si l'intéressé fait valoir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale telle qu'elle est protégée par l'article 8 du la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte au soutien de ce moyen aucune précision, ne permettant pas ainsi au juge d'en apprécier le bien-fondé.

10. l'arrêté en litige fait l'obligation au requérant de se présenter tous les jours de la semaine, hors dimanches et jours fériés, entre 08h00 et 09h00 au commissariat de police de Reims. Les seules affirmations qu'il souffre de douleurs lombaires et qu'il est impécunieux, ne permettent pas d'établir une atteinte à sa liberté d'aller et venir excessive au regard à l'objet de la décision en litige, ni une disproportion de l'assignation à résidence qui lui a été imposée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2024 du préfet de la Marne. En conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle est accordé à M. C.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gabon et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

O. B La greffière,

Signé

S. VICENTE

No 2400614

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