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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400672

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400672

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL MAINNEVRET-MALBLANC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2024, M. A B, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2024-053-003 du 22 février 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200,00 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Mainnevret en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreurs de fait dans la mesure où aucun appel n'a été formé à l'encontre du jugement du juge aux affaires familiales du 25 août 2023 et son frère ainsi que sa sœur résident en France, non au Maroc ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle a des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55% par une décision du 29 mars 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024 par une ordonnance du 18 avril précédent.

Vu :

- le jugement nos 2400672, 2400811 du 16 avril 2024 par lequel la magistrate désignée a renvoyé à la formation collégiale les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- et les observations de Me Malblanc pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 15 novembre 1979, serait entré régulièrement en France en 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. L'intéressé a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 23 juillet 2021 au 22 juillet 2022, qui n'a pas été renouvelée par la préfète de l'Aube le 24 août 2022. Dans le dernier état de ses démarches administratives, M. B a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 22 février 2024, la préfète de l'Aube a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. L'intéressé a été assigné à résidence le 6 avril suivant. Par un jugement nos 2400672, 2400811 du 16 avril 2024, la magistrate désignée a, d'une part, renvoyé devant la formation collégiale du tribunal les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et, d'autre part, annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant refus de carte de séjour temporaire :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. M. B est père d'une enfant née en France le 29 septembre 2019 et qui y est scolarisée issue de sa relation avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle de laquelle il a divorcé le 13 avril 2023. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du jugement du 25 août 2023 du juge aux affaires familiales du tribunal judicaire de Troyes dont rien au dossier ne permet d'établir qu'il ne serait pas devenu définitif, que l'intéressé exerce conjointement l'autorité parentale, bien que le domicile de l'enfant soit fixé au domicile de sa mère, bénéficie d'un droit de visite et d'hébergement les congés de fin de semaine pendant l'année scolaire et pendant une partie des vacances, et doit s'acquitter d'une pension alimentaire d'un montant de cent vingt euros mensuels. Aucune pièce au dossier n'établit qu'il n'exercerait pas l'autorité parentale et il produit des relevés bancaires prouvant qu'il s'acquitte de la pension alimentaire depuis le jugement du 25 août 2023 et jusqu'à la date de la décision contestée. En outre, M. B entretient une relation avec un ressortissante française depuis le mois de mai 2022. Dans ces conditions, et alors que la préfète de l'Aube, par la seule mention selon laquelle le requérant " est défavorablement connu des services de police pour des faits de vols simple le 6 septembre 2021 et de violences du 1er octobre 2020 au 5 septembre 2021 " ne parvient pas à établir qu'il constituerait une menace pour l'ordre public et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale pourrait se reconstituer au Maroc, M. B justifie de motifs exceptionnels. Dès lors, la préfète de l'Aube a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Aube du 22 février 2024 refusant de lui octroyer une carte de séjour temporaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation de la décision en litige, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de sa situation, que la préfète de l'Aube délivre à M. B une carte de séjour temporaire et le munisse d'une autorisation provisoire de séjour le temps nécessaire à cette délivrance. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mainnevret, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mainnevret de la somme de 1 200,00 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de l'Aube du 22 février 2024 refusant de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de délivrer une carte de séjour temporaire à M. B et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que cette délivrance soit effective, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mainnevret une somme de 1 200,00 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Romain Mainnevret et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

P-H. MALEYRELe président,

signé

A. DESCHAMPSLe greffier,

signé

A. PICOT

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