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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400678

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400678

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Gaffuri, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 22 février 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision refusant le séjour est insuffisamment motivée dès lors que les motifs ne sont pas suffisamment précis et circonstanciés ;

- elle entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision de refus de délivrance du titre de séjour entache d'illégalité cette décision ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète de l'Aube n'a pas tenu compte de sa durée de présence sur le territoire

- elle est insuffisamment motivée, notamment au regard des circonstances humanitaires qui auraient pu justifier que cette décision ne soit pas prononcée ;

- des circonstances humanitaires pouvaient justifier que cette décision ne soit pas prononcée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête à la mise à la charge de Mme C d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne, née le 30 janvier 1968, est entrée en France le 25 septembre 2003 sous couvert d'un visa de court séjour, multi-entrées quinze jours, valable du 18 septembre 2003. Elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire à l'expiration de son visa. Elle a déposé une demande d'asile le 29 mars 2004 qui a été rejeté par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 août 2004, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2007. Le séjour lui a été refusé le 15 novembre 2007 assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 2 mai 2019, elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail auprès du préfet de police de Paris qui a fait l'objet d'un refus implicite. Elle s'est maintenue malgré ce refus sur le territoire français. Elle a de nouveau sollicité son admission au séjour au titre du travail le 13 février 2023. Par un arrêté du 22 février 2024, la préfète de l'Aube a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années. Par sa requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. La décision comporte les motifs de fait et de droit, précis et circonstanciés, qui en constituent le fondement. Cette motivation n'est pas stéréotypée et il en ressort que la situation de Mme C a fait l'objet d'un examen particulier et approfondi. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier doivent être écartés.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle

au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond

à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre

la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait

d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment,

si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques

de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. Mme C soutient qu'elle apporte des éléments qui démontrent qu'elle pouvait bénéficier de la régularisation de sa situation. Elle invoque une durée de séjour en France de plus de vingt ans à la date de la décision attaquée, se prévaut d'une insertion professionnelle dans le domaine de la garde d'enfants ou de la garde à domicile, de problèmes de santé depuis 2015 et d'une vie sur le territoire avec plusieurs membres de sa famille. En outre, elle indique ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. Toutefois, elle est célibataire et sa durée de présence en France n'a été acquise qu'en raison du délai d'instruction de ses demandes d'asile et de titre de séjour, de la soustraction à une mesure d'éloignement édictée en 2007 et à son séjour irrégulier sur le territoire depuis la décision implicite lui refusant le séjour du 9 décembre 2019. Si elle justifie de périodes de travail entre 2012 et 2020, au demeurant réalisées sans autorisation de travail, elle est sans emploi depuis cette date et ne produit pas de promesse d'embauche ni n'établit l'existence de difficultés de recrutement pour le métier concerné. Par les documents qu'elle produit, rédigés en termes généraux, elle n'établit avoir tissé des liens intenses et stables sur le territoire. Au demeurant, si elle invoque la présence de " ses sœurs " dont une qui l'héberge, les pièces versées aux débats ne permettent pas d'établir le lien de parenté qui les unis. Enfin, elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses deux enfants majeurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Dans ces conditions, en l'absence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant son admission exceptionnelle au séjour, la préfète de l'Aube aurait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 5, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 5 et 7, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 2, et dès lors que l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de Mme C a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige doit être écarté.

11. La décision portant refus de séjour n'étant, compte tenu de ce qui précède, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

12. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

14. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

15. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

17. L'arrêté en litige, qui vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la date d'entrée en France de Mme C, mentionne qu'elle s'est soustraite à une première mesure d'éloignement en 2007 et qu'elle ne justifie ni de l'intensité, ni de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et privés en France. La préfète de l'Aube n'était pas tenue de mentionner l'absence de menace à l'ordre public que pourrait représenter en France la présence de la requérante dès lors qu'elle n'a pas retenu cette circonstance au nombre des motifs de sa décision. Il résulte de ce qui précède que cette décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années, qui témoigne de la prise en compte des quatre critères prévus par les dispositions susvisées, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient Mme C, la préfète de l'Aube n'était pas tenue de préciser expressément qu'elle retenait l'absence de circonstances humanitaires faisant obstacle à ce qu'elle prononce la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

18. Il ressort des pièces du dossier que si Mme C est présente en France depuis plus de vingt ans, sa demande d'asile a été rejetée en 2004 et confirmée en 2007 et elle s'est maintenue depuis lors en situation irrégulière sur le territoire français en s'abstenant d'exécuter une obligation de quitter le territoire français en 2007. Dans ces conditions, bien que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, et compte tenu de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France telles qu'elles ressortent des éléments précédemment indiqués au point 5 de ce jugement, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la préfète de l'Aube aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 5 et 7, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans prononcée à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède qu'en dépit de la durée de séjour sur le territoire de Mme C, sa requête doit être rejetée. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de l'Aube.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. B

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

N°2400678

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