jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FABRE ET ASSOCIEES, SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, Mme E I et M. A F, représentés par la SCP ACG et associés, demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de déterminer si les soins qui ont été prodigués à Mme E I sont conformes aux règles de l'art.
Ils soutiennent que :
- Mme E I a été suivie pour sa grossesse, dont le terme a été fixé au 26 juin 2022, au sein du centre hospitalier de Troyes ; au début du mois de mars 2022 elle a commencé à ressentir des douleurs abdominales qui se sont intensifiées ; le 10 mars, le SAMU l'a transportée au centre hospitalier de Troyes où une échographie a été réalisée ; l'administration de Spafon et le lavement réalisé n'ont pas atténué ses douleurs ; elle a toutefois été invitée à rentrer chez elle le jour même avec une ordonnance de Duphalac et des suppositoires ;
- le 12 mars, ils se sont rendus à nouveau au centre hospitalier de Troyes pour de fortes douleurs ; l'examen gynécologique ne montrant rien d'anormal et malgré la persistance des douleurs, elle a été invitée à rentrer chez elle avec une ordonnance prescrivant du Movicol, du paracétamol ainsi qu'un courrier d'adressage pour consulter un gastro-entérologue ;
- le lendemain, Mme I commençant à divaguer, ils se sont rendus au centre hospitalier de Vitry-le-François qui les a renvoyés au centre hospitalier de Troyes ; un scanner abdominopelvien a permis de diagnostiquer un volvulus du sigmoïde mésentérico-axial constituant une urgence chirurgicale et obligeant son transfert au centre hospitalier universitaire de Reims où ont été réalisées une césarienne qui a permis la naissance, à 26 semaines d'aménorrhée, d'une petite fille puis une intervention de Hartmann par laparotomie médiane pour une résection du sigmoïde ;
- l'état de santé de leur petite fille s'est dégradé le 18 mars en raison de la survenue d'un état de choc septique conduisant à son décès le jour même ;
- Mme I est restée hospitalisée jusqu'au 21 mars date à laquelle elle est rentrée à son domicile avec une colostomie de décharge puis a de nouveau été hospitalisée du 28 septembre au 3 octobre 2022 afin que soit procédé au rétablissement de la continuité sur le plan digestif ; malgré des suites opératoires simples elle conserve des séquelles douloureuses et des difficultés de transit ;
- ils gardent des séquelles psychologiques suite au décès de leur fille ;
- ils sont fondés à solliciter la désignation d'un expert gynécologue et d'un expert spécialisé en chirurgie digestive afin de déterminer la qualité des soins dispensés par le centre hospitalier de Troyes du 10 au 14 mars 2022 puis par le centre hospitalier universitaire de Reims du 14 au 21 mars 2022, ainsi que la désignation d'un expert psychiatre afin d'évaluer les préjudices résultant de ces prises en charge et du décès de leur fille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le centre hospitalier universitaire de Reims, représenté par la SCP Normand et associés, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, sans aucune reconnaissance de responsabilité et sous les plus expresses protestations et réserves. Il demande en outre que l'expertise, qui devra être confiée à un collège d'experts, soit ordonnée aux frais avancés des requérants et que la mission des experts soit complétée conformément à ses suggestions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le centre hospitalier de Troyes, représenté par la SELARL Fabre et associés, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée. Il demande en outre que l'expertise, qui devra être confiée à un collège d'experts composé d'un gynécologue-obstétricien et d'un chirurgien digestif, soit ordonnée aux frais avancés des requérants et que la mission des experts soit complétée conformément à ses suggestions, avec dépôt d'un pré-rapport.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.
2. Les mesures d'expertise demandées par Mme I et M. F entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à leur demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de désignation d'un collège d'expert :
3. Les requérants demandent la désignation d'un collège d'expert composé d'un expert gynécologue, d'un expert spécialisé en chirurgie digestive ainsi que d'un expert psychiatre. Il y a lieu de faire droit à leur demande s'agissant des deux premières spécialités précitées. Pour demander la désignation d'un expert psychiatre, ils se prévalent de la circonstance que le décès de leur fille a engendré des répercussions psychologiques. Toutefois, alors que la question de l'existence d'un préjudice et son appréciation appartiennent au seul juge, les requérants ne font état d'aucune circonstance de fait qui rendrait utile la désignation d'un expert psychiatre. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à leur demande sur ce point. Au demeurant, il leur sera loisible, soit devant l'administration, soit devant le juge à l'occasion d'une instance au fond, de faire valoir, tant dans son principe que dans son quantum, le préjudice moral qu'ils estiment subir.
O R D O N N E :
Article 1er : Un collège d'expert composé de M. professeur H G, chirurgien digestif, exerçant au CHU Avicenne, 125 rue de Stalingrad à Bobigny (93) et de Mme le docteur B D, gynécologue obstétricienne, exerçant au CHU Louis Mourier à Colombes (92) est désigné pour procéder à une expertise avec la mission suivante :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme I et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Troyes lors de sa grossesse puis par le centre hospitalier universitaire de Reims pour sa césarienne et l'intervention de Hartmann ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme I ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé de Mme I à son admission au centre hospitalier de Troyes pour des douleurs abdominales, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge dans cet établissement et les soins qui lui ont été administrés ;
3°) décrire l'état de santé de Mme I à son admission au centre hospitalier universitaire de Reims, les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge dans cet établissement et les soins qui lui ont été administrés ;
4°) donner son avis sur les causes du décès de l'enfant Nina ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme I et de son enfant ; donner son avis sur la pertinence des diagnostics des différentes équipes médicales et l'utilité des gestes médicaux pratiqués ;
5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge de Mme I par le centre hospitalier de Troyes et par le centre hospitalier universitaire de Reims ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si les actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;
6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les éventuels manquements constatés ont faire perdre à Mme I une chance d'éviter la césarienne et l'intervention de Hartmann ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les éventuels manquements constatés ont fait perdre à l'enfant une chance sérieuse de survie ;
8°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir si Mme I a été informée de la nature des examens qu'elle allait subir, et des conséquences normalement prévisibles de ces examens et si elle a été mise à même de formuler un consentement éclairé ; dans la négative, préciser si Mme I a subi une perte de chance de se soustraire au risque en refusant les examens si elle en avait connu tous les dangers (pourcentage) ;
9°) dire si l'état de Mme I a entraîné une incapacité permanente partielle résultant et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
10°) indiquer à quelle date l'état de Mme I peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;
11°) dire si l'état de Mme I est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
12°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée.
Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, les experts :
- avertiront les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ;
- recueilleront et consigneront les observations des parties sur les constatations auxquelles ils procèderont et les conclusions qu'ils envisageront d'en tirer.
Article 5 : Les experts, eux-mêmes soumis au secret médical, pourront se faire communiquer directement par les centres hospitaliers l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse leur être opposé ce même secret et pourront entendre toute personne du centre hospitalier de Troyes et du centre hospitalier universitaire de Reims ayant donné des soins à Mme E I.
Article 6 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 décembre 2024. Les experts notifieront eux-mêmes les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E I, à M. A F, aux caisses primaires d'assurance maladie de l'Aube et de la Haute-Marne, au centre hospitalier de Troyes, au centre hospitalier universitaire de Reims, à M. le professeur H G, expert et à Mme le docteur B D, expert.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 4 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
O. C
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026