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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400738

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400738

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSEGAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le n° 2400738 le 28 mars 2024 et le 16 avril 2024, M. D B, représenté par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 12 février 2024 pris par le préfet des Ardennes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de prononcer son maintien sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de M. B a été communiquée au préfet des Ardennes, qui a produit des pièces, enregistrées les 2 et 15 avril 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 avril 2024.

II. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le n° 2400739 le 28 mars 2024 et le 16 avril 2024, Mme C A, représentée par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 12 février 2024 pris par le préfet des Ardennes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de prononcer son maintien sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de Mme A a été communiquée au préfet des Ardennes, qui a produit des pièces, enregistrées le 15 avril 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mach, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mach, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. B et Mme A, ressortissants ivoiriens, déclarent être entrés sur le territoire français en mars 2023. Ils ont sollicité des autorités françaises l'admission au séjour de leur fille mineure au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leur demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 juillet 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 janvier 2024. Par deux arrêtés du 12 février 2024, dont les requérants demandent l'annulation et la suspension, le préfet des Ardennes leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de suspension :

3. Les arrêtés litigieux mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle des requérants. Ils comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des arrêtés litigieux ne peuvent qu'être écartés.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des termes mêmes des arrêtés litigieux, et n'est pas contesté, que Mme A et M. B sont entrés irrégulièrement sur le territoire français en mars 2023, soit depuis moins d'un an à la date des arrêtés contestés. S'ils se prévalent de la présence en France de leur fille mineure née en 2021, la demande d'asile présentée au nom de cette dernière a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 juillet 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 janvier 2024. Ils n'allèguent ni n'établissent disposer d'attaches familiales en France, ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de 39 ans et de 29 ans. Dans ces conditions, alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine ou dans tout autre pays où ils seraient admissibles, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés litigieux portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels ils ont été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et, en tout état de cause, de suspension présentées par M. B et Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes demandées par M. B et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme C A, à Me Julie Ségaud-Martin et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A.-S. MACH

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s 2400738 et 2400739

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