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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400767

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400767

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et une pièce, enregistrées sous n° 2400767 le 29 mars 2024 et le 16 avril 2024, M. F B B, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, le cas échéant, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 2400140 du 28 février 2024 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, devenu définitif ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été mis à même d'être entendu et de présenter des observations assisté d'un interprète en application des dispositions des articles L. 141-2, L. 141-3, L. 141-4 et R. 141-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que les décisions du juge de l'asile lui ont été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions des articles L. 431-2, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'établit pas qu'il serait admissible dans un autre Etat.

La requête de M. B B a été communiquée au préfet des Ardennes, qui a produit une pièce enregistrée le 3 avril 2024.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2400768 le 2 avril 2024, Mme E D C, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, le cas échéant, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 2400140 du 28 février 2024 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, devenu définitif ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'a pas été mise à même d'être entendue et de présenter des observations assistée d'un interprète en application des dispositions des articles L. 141-2, L. 141-3, L. 141-4 et R. 141-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que les décisions du juge de l'asile lui ont été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions des articles L. 431-2, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'établit pas qu'elle serait admissible dans un autre Etat.

La requête de Mme D C a été communiquée au préfet des Ardennes, qui a produit des pièces enregistrées le 3 avril 2024.

III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2400769 le 2 avril 2024, Mme G B D, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, le cas échéant, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 2400140 du 28 février 2024 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, devenu définitif ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'a pas été mise à même d'être entendue et de présenter des observations assistée d'un interprète en application des dispositions des articles L. 141-2, L. 141-3, L. 141-4 et R. 141-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que les décisions du juge de l'asile lui ont été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application des dispositions des articles L. 431-2, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'établit pas qu'elle serait admissible dans un autre Etat.

La requête de Mme B D a été communiquée au préfet des Ardennes, qui a produit une pièce enregistrée le 15 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mach, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mach, magistrate désignée,

- les observations de Me Gabon, représentant M. B B, Mme D C et Mme B D, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens,

- et les observations de M. B B, Mme D C et Mme B D, assistés de M. A, interprète en langue espagnole.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent les membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Mme D C et Mme B D, de nationalité vénézuélienne, déclarent être entrées en France le 13 avril 2022 et ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 juillet 2022. M. B B, ressortissant vénézuélien, déclare être entré en France le 10 octobre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 30 mars 2023 de l'Office français des réfugiés et apatrides. Ces trois décisions ont été confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 5 décembre 2023. Par arrêtés du 14 décembre 2023, le préfet des Ardennes leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de destination et a prononcé à leur encontre des interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement n° 2400140, 2400141 et 2400142 du 28 février 2024, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé les arrêtés du 14 décembre 2023 du préfet des Ardennes. Par trois arrêtés du 5 mars 2024, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet des Ardennes leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. M. B B, Mme D C et Mme B D, qui sont déjà représentés par un avocat, ont présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence, de prononcer l'admission de M. B B, de Mme D C et de Mme B D au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. / Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ".

6. Il ressort des termes des arrêtés litigieux que les requérants ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile et que leurs demandes ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides des 8 juillet 2022 et 30 mars 2023, confirmées par des décisions du 5 décembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile, qui leur ont été notifiées le 14 décembre 2023. Ainsi que le soutiennent M. B B, Mme D C et Mme B D et en l'absence de tout élément produit en ce sens par le préfet des Ardennes en défense, il n'est pas justifié de la date de lecture en audience publique ou, si elles ont été prises par ordonnances, de la date de signature des décisions du 5 décembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'ils bénéficient d'un droit de se maintenir sur le territoire français, faisant obstacle à ce que le préfet des Ardennes prononce des obligations de quitter le territoire français à leur encontre.

7. L'illégalité des décisions du 5 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français entraîne par voie de conséquence l'illégalité des décisions du même jour fixant le pays de destination et prononçant à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de leurs requêtes, que M. B B, Mme D C et Mme B D sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 5 mars 2024 par lesquels le préfet des Ardennes leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

10. Le présent jugement, qui annule les décisions portant obligation de quitter le territoire français, n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré aux requérants. En revanche, il implique nécessairement que le préfet des Ardennes réexamine la situation de M. B B, de Mme D C et de Mme B D et leur délivre une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Ardennes d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. B B, Mme D C et Mme B D ont été admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gabon, avocate de M. B B, de Mme D C et de Mme B D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gabon de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B B, à Mme D C et à Mme B D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B B, à Mme D C et à Mme B D.

D E C I D E :

Article 1er : M. B B, Mme D C et Mme B D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 5 mars 2024 du préfet des Ardennes sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Ardennes de réexaminer la situation de M. B B, de Mme D C et de Mme B D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B B, de Mme D C et de Mme B D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gabon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gabon une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B B, à Mme D C et à Mme B D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. B B, à Mme D C et à Mme B D.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F B B, à Mme E D C, à Mme G B D, à Me Aurélie Gabon et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A-S. MACH La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s 2400767, 2400768 et 2400769

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