vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400772 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce, enregistrées les 3 et 15 avril 2024, la préfète de la Haute-Marne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai, au besoin avec le concours de la force publique, de M. C A et de Mme B A du logement qu'ils occupent, situé 12 place Gérard Philippe, Immeuble Les Jasmins, Appartement 252 à Langres, qui est géré par l'Association pour l'accueil des travailleurs et des migrants (AATM), responsable du Centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) ;
2°) de l'autoriser à donner toutes instructions au gestionnaire du centre d'accueil des demandeurs d'asile afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. et Mme A, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le taux d'occupation des places d'accueil pour demandeurs d'asile est de 88,1% dans le département de la Haute-Marne, avec un taux de présence indue de 6,1% ; l'accès à l'hébergement doit rester accessible aux seuls demandeurs d'asile en attente d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou de la Cour nationale du droit d'asile ; le maintien dans les lieux de M. et Mme A empêche l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;
- M. et Mme A se maintiennent illégalement dans le lieu d'hébergement sans contestation sérieuse.
La requête a été communiquée à M. et Mme A, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Mach, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Mach, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A, de nationalité macédonienne, ont déposé une demande d'asile le 5 mai 2023. Par des décisions du 25 juillet 2023, notifiées le 26 juillet 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes. Les recours formés contre ces décisions ont été rejetés par ordonnances de la Cour nationale du droit d'asile du 23 octobre 2023, notifiées le 2 novembre 2023. Après avoir été informés par le centre d'accueil pour demandeurs d'asile qu'ils devaient libérer leur logement situé 12 place Gérard Philippe à Langres au plus tard le 30 novembre 2023, la préfète de la Haute-Marne les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision, par courrier du 13 décembre 2023, notifié le même jour. Par la présente requête, la préfète de la Haute-Marne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code. ". Aux termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen. ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 551-12 du même code : " Les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Aux termes de l'article R. 552-11 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement. ". Aux termes de l'article R. 552-12 du même code : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir. ". Aux termes de l'article R. 552-14 du même code : " Lorsque la personne n'a pas quitté le lieu d'hébergement à la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, à l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le gestionnaire met en œuvre la décision de sortie prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il en informe l'office et le préfet de département dans lequel se situe le lieu d'hébergement. ". Aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que leur demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure d'expulsion ne se heurte à cet égard à aucune contestation sérieuse.
6. La préfète de la Haute-Marne fait valoir que les possibilités d'hébergement des demandeurs d'asile dans les structures visées à l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le département, sont actuellement saturées et que des places sont occupées par des personnes n'ayant pas vocation à résider dans de tels centres ou structures d'accueil. Il résulte de l'attestation produite que le taux d'occupation des structures, visées à l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est de 88,1 % soit 304 places occupées pour 345 places d'hébergement disponibles pour les demandeurs d'asile dans le département de la Haute-Marne. Le taux de présence indue dans ce département est de 6,1%. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le taux d'occupation du centre d'hébergement dans lequel M. et Mme A résident est de 91,5%, soit un taux supérieur à la moyenne du département. Dans ces conditions, la demande de la préfète de la Haute-Marne présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile, au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département de la Haute-Marne et à la nécessité d'assurer la pérennité du service public destiné à leur accueil.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme A de libérer l'hébergement qu'ils occupent, situé 12 place Gérard Philippe à Langres, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire, la préfète pourra requérir la force publique, afin de procéder à l'expulsion des intéressés et donner toutes instructions utiles au gestionnaire des locaux afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M et Mme A de libérer le logement qu'ils occupent, situé 12 place Gérard Philippe, Immeuble Les Jasmins, Appartement 252 qui est géré par l'Association pour l'accueil des travailleurs et des migrants (AATM), responsable du Centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) à Langres, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : A l'expiration de ce délai, la préfète de la Haute-Marne est autorisée à procéder avec le concours de la force publique à l'expulsion de M et Mme A et à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la structure d'accueil afin d'évacuer les biens meubles se trouvant dans les locaux irrégulièrement occupés, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour eux de les avoir emportés.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. C A et Mme B A.
Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Marne et à l'office français de l'immigration et de l'intégration (direction territoriale de Reims).
Fait à Châlons-en-Champagne, le 19 avril 2024.
Le juge des référés,
A.-S. MACH
La greffière,
I. DELABORDE
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