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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400782

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400782

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL LE CAB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 mars 2024 et 24 mai 2024, M. A B, représenté par Me Boia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, en cas d'octroi de l'aide juridictionnelle, à verser à Me Boia au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, dès lors que la délégation de signature de cette dernière n'est pas établie ;

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que sa demande de titre de séjour a été examinée au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au lieu de l'article L. 423-22 du même code ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 2102608 du 25 mai 2022 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, dès lors que le préfet de la Marne s'est fondé sur les mêmes éléments relatifs à l'état-civil pour rejeter sa demande de titre de séjour que ceux en cause dans ce précédent jugement ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de la Marne s'est abstenu d'examiner sa demande de titre de séjour au regard des articles L. 422-2 à L. 422-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de la Marne a commis une erreur de droit en retenant que l'acte de naissance présente un caractère faux en s'abstenant de saisir les autorités étrangères émettrices de cet acte pour remettre en cause son authenticité ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle retient à tort que ses actes d'état civil ne sont pas authentiques ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour entache, par voie d'exception, la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi d'illégalité ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Le préfet de la Marne a produit des pièces, enregistrées le 19 avril 2024 et communiquées.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rifflard, conseiller,

- et les observations de Me Choffrut, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 22 octobre 2002, déclare être entré en France en février 2019. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-2 et L. 422-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en 2021. Par un arrêté du 4 octobre 2021, le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par un jugement n° 2102608 du 25 mai 2022, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement. Par un arrêté du 16 février 2024, le préfet de la Marne a, dans le cadre de ce réexamen, rejeté la demande de titre de séjour de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné. Par sa requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort du certificat qui lui a été délivré le 30 juin 2021 par le préfet de la Marne, que M. B a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-2 à L. 422-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet de la Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B à la suite de cette demande, a, comme indiqué précédemment, été annulé par le jugement n° 2102608 du 25 mai 2022 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, le préfet de la Marne ayant été enjoint de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification de ce jugement. Dans ces conditions, le préfet de la Marne était saisi à nouveau de la demande de M. B présentée sur le fondement des articles L. 422-2 à L. 422-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'arrêté du 16 février 2024 en litige indique que M. B aurait présenté une demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui ne ressort pas des pièces du dossier, et si le préfet de la Marne a examiné la situation de M. B notamment au regard de ces dispositions, il ne ressort pas des termes de l'arrêté, et n'est pas allégué en l'absence de mémoire en défense, qu'il l'aurait également examinée au regard des articles L. 422-2 à L. 422-4 du même code. Par suite, M. B est fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière au regard de ces articles.

3. En second lieu, aux termes du jugement du 25 mai 2022 précédemment mentionné, le préfet de la Marne avait également été saisi par M. B d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce jugement a, d'une part, annulé l'arrêté du préfet de la Marne du 4 octobre 2021 portant rejet de la demande de titre de séjour de M. B au motif, notamment, que le préfet avait entaché cet arrêté d'erreur de droit en s'abstenant d'examiner cette demande au regard de l'article L. 423-22, et a, d'autre part, enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la situation administrative de M. B dans un délai de deux mois à compter du jugement. Cette injonction impliquait nécessairement que le préfet de la Marne procède à ce réexamen au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il ressort des termes de l'arrêté en litige, pris à l'issue de ce réexamen, que la situation de M. B n'a pas été examinée au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B est également fondé à soutenir que cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière au regard de cet article.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par M. B, que la décision du 16 février 2024 du préfet de la Marne portant refus de lui délivrer un titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Compte tenu des motifs d'annulation retenus, l'exécution de ce jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Marne de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

6. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet de la Marne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B au regard des articles L. 422-2 à L. 422-4 et L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Boia, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Boia de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de la Marne a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B au regard des articles L. 422-2 à L. 422-4 et L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Boia, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Alexandrine Boia et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mach, présidente,

M. Rifflard, conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLa présidente,

Signé

A-S. MACH

La greffière,

Signé

A. DEFORGE

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