vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ANCELET DOUCHIN ELIE SAUDUBRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. B A, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° BE 2024-064-001 du 4 mars 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter
le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer
une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Mainnevret en application des dispositions
de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour méconnaît les dispositions des articles R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile et 47 du code civil ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait dans la mesure où il travaille ;
- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 423-22 du code
de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée en raison
de l'illégalité de la décision lui refusant une carte de séjour temporaire ;
- elle méconnaît enfin les stipulations de l'article 8 de la convention européenne
de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Ancelet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise
à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2024 par une ordonnance
du 10 avril précédent.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision
du 12 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,
sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Maleyre, premier conseiller,
- et les observations de Me Mainnevret en faveur de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien qui serait né le 5 novembre 2003, déclare être entré irrégulièrement en France le 15 août 2019. L'intéressé a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 21 octobre suivant. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, il a sollicité de la préfète de l'Aube la délivrance d'un titre de séjour le 2 juin 2022. Par un arrêté du 4 mars 2024,
cette autorité a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai
de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte. M. A en demande l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil / 2° Les documents justifiant de sa nationalité / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité () de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance () d'un titre de séjour pour motif familial / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Aux termes de l'article
L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
3. Les dispositions citées au point précédent posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.
4. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a produit un extrait de jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal de Diéma daté du 11 juin 2019, ainsi qu'un acte de naissance et un extrait d'acte de naissance délivrés le 21 juin suivant.
5. Pour remettre en cause la présomption de validité de ces actes, la préfète de l'Aube s'est notamment fondée sur un rapport d'expertise du 15 mai 2023 réalisé par les services spécialisés de la police aux frontières, pour conclure que ces documents étaient frauduleux. Ce rapport indique en particulier que les conditions d'impression et la présence de cachets humides ne permettent pas de garantir l'authenticité du jugement supplétif, même s'il n'avait pas à être légalisé et qu'il ne s'agit pas d'un jugement supplétif intégral. Ces seules constatations ne suffisent pas à remettre en cause la véracité des mentions y figurant, en particulier les nom, prénom et date de naissance de M. A, alors que l'ensemble des documents présents au dossier font état de mentions identiques, notamment une date de naissance le 5 novembre 2003. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres documents, qui ont été établis sur le fondement des mentions du jugement supplétif, la préfète de l'Aube ne parvient pas à remettre en cause la présomption de validité des actes d'état civil établis par les autorités maliennes et ne pouvait donc refuser de délivrer un titre de séjour à M. A sur ce premier motif.
6. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance () au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure
d'accueil () ".
7. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi
de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge
de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
8. Pour refuser de délivrer une carte de séjour temporaire, la préfète de l'Aube s'est également fondée sur les circonstances que M. A ne suivait plus de formation et ne justifiait pas rechercher activement un emploi. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a présenté sa demande de carte de séjour temporaire dans l'année de ses dix-huit ans le 2 juin 2022, a suivi une formation réelle et sérieuse au titre de l'année scolaire 2021/2022 au terme de laquelle il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) spécialité peintre applicateur de revêtements, qu'il a poursuivi ses études durant l'année scolaire 2022/2023 et s'est vu délivrer un second CAP spécialité métiers du plâtre et de l'isolation le 3 juillet 2023. Dans ces conditions, et alors que l'administration a tardé à se prononcer sur sa demande et que l'absence de recherche active d'emploi n'est pas un motif pouvant légalement fonder le refus, l'intéressé répondait à l'ensemble des conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision
de la préfète de l'Aube refusant de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire est entachée d'erreur d'appréciation et doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent être également annulées.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation
de l'arrêté de la préfète de l'Aube du 4 mars 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté en litige, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de sa situation, que la préfète de l'Aube délivre à M. A une carte de séjour temporaire et, en application de l'article
L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le munisse
d'une autorisation provisoire de séjour le temps nécessaire à cette délivrance. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve
que Me Mainnevret, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mainnevret de la somme de 1 200 euros.
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme demandée par la préfète de l'Aube au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Aube du 4 mars 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Aube de délivrer une carte de séjour temporaire à M. A et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que cette délivrance soit effective, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me Mainnevret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mainnevret la somme de 1200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Les conclusions de la préfète de l'Aube présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Romain Mainnevret et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Deschamps, président,
M. Maleyre, premier conseiller,
M. Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
P.H. MALEYRELe président,
Signé
A. DESCHAMPS
Le greffier,
Signé
A. PICOT
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026