vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400807 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Etrangers - Eloignement |
| Avocat requérant | OPYRCHAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 avril, et 18 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Opyrchal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation dans un délai
de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Opyrchal en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté :
- l'arrêté litigieux portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur ce même territoire pendant une durée de cinq ans et fixant le pays de renvoi est entaché d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- la préfète n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation administrative et personnelle ;
- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision accordant un délai de trente jours :
- la préfète n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation administrative et personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est disproportionnée ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2024, la préfète de l'Aube conclut
au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2024.
Par une ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée 1er septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante nigériane née le 3 mars 1989, déclare être entrée sur le territoire français le 7 novembre 2016. Elle a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile le 10 mars 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 8 novembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 6 novembre 2018. Elle a ensuite sollicité auprès de la préfecture de l'Aube son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 18 mars 2024, dont Mme A demande l'annulation, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de l'interdiction de retour.
Sur les conclusions aux fins d'annulations :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
3. L'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il mentionne notamment que la requérante est entrée en France seule et sans ses deux enfants restés au Nigéria, qu'elle n'a pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France, qu'elle ne dispose d'aucune source de revenu, n'est pas insérée professionnellement, est hébergée en centre Coallia, qu'elle est entrée en France à l'âge de 27 ans et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile. Il s'ensuit que l'arrêté, en toutes ses décisions, qui n'avait pas à indiquer l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation de Mme A, comporte les éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle et est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté litigieux ne peut être qu'écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° À l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L.313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Mme A, déclare être entrée sur le territoire français le 7 novembre 2016, soit sept ans et un mois à la date de la décision d'éloignement litigieuse. Elle n'établit pas entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement en France, elle n'établit aucune insertion sociale et professionnelle, ni de ressources, elle ne parle pas le français et elle n'établit pas ne pas avoir d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où ses deux enfants résident actuellement. Par suite, si l'intéressée soutient que la décision litigieuse porte une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, les éléments qu'elle produit ne permettent pas de l'établir. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés. La requérante ne peut pas davantage se prévaloir utilement de la circulaire du 22 juillet 2011.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" est envisageable.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2016, soit depuis sept ans et un mois à la date du refus de titre de séjour attaqué. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5 ci-dessus, l'intéressée ne justifie pas d'une insertion et de perspectives professionnelles. Par suite, et en dépit de ses activité bénévoles récente chez Emmaüs, et alors que les deux enfants de la requérante, vivent dans son pays d'origine, ainsi que cela ressort de sa demande de titre de séjour, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la préfète n'a pas regardé ces circonstances comme constituant un motif exceptionnel ou une considération humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation à l'encontre du refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision accordant un délai de trente jours :
10. Le moyen tiré de ce qu'il aurait dû lui être octroyé un délai supplémentaire au-delà de trente jours manque de précision et ne permet au juge d'en apprécier le bien-fondé. Il doit par suite être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation à l'encontre de la décision accordant un délai de trente jours doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
13. Mme A se prévaut d'une ancienneté de séjour de sept ans et un mois à la date de la décision querellée, laquelle n'est due qu'à son maintien en situation irrégulière sur le territoire français. Ainsi qu'il a été dit précédemment, elle ne fait état d'aucune attache familiale en France, elle ne fait état d'aucune insertion professionnelle et sociale, et elle ne dispose pas d'une résidence stable. Dans ces conditions, alors même que Mme A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il n'est pas allégué que sa présence en France représenterait une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas, en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour édictée à son encontre, entachée sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions suscitées des articles L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou pris une décision disproportionnée. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation à l'encontre de la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
16. Mme A fait valoir qu'elle craint d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, Mme A ne produit aucuns éléments qui ne permettent pas de tenir pour établies les craintes dont elle se prévaut en cas de retour au Nigéria, alors que sa demande d'asile avait été rejetée par la CNDA en 2018 et est devenue définitive. Dans ces conditions, le moyen soulevé, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A ne peuvent être que rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, Me Aurore Opyrchal et à la préfète de l'Aube.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Sylvie Mégret, présidente,
M. Fabrice Amelot, premier conseiller,
M. Joseph Henriot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.
La Présidente rapporteure,
Signé
S. MEGRET
F.
L'assesseur le plus ancien,
Signé
F. AMELOTLa greffière
Signé
S. VICENTE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aube en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026