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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400854

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400854

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantGABON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des pièces enregistrées sous le numéro n° 2400854 les 11 avril 2024 et 21 mai 2024, M. A D, représenté par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant une interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il méconnait l'obligation d'information prévue par les dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que la décision du juge de l'asile lui a été notifiée et, qu'ainsi, il avait le droit de se maintenir sur le territoire français ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours méconnait les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que leurs enfants mineurs sont protégés contre l'éloignement ;

- la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français méconnait les dispositions des articles L. 612-10, L. 612-6 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme puisqu'il justifie de circonstances humanitaires ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle fixe sa reconduite à la frontière vers un pays où il craint pour sa sécurité et en ce qu'il ne détermine pas un autre pays où il serait admissible.

La requête de M. D a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 21 mai 2024, a produit des pièces sans présenter d'observations.

II. Par une requête et des pièces enregistrées sous le n° 2400855 les 11 avril 2024 et 21 mai 2024, Mme F B ép D, représentée par Me Gabon, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il méconnait les dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que la décision du juge de l'asile lui a été notifiée et, qu'ainsi, elle avait le droit de se maintenir sur le territoire français ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours méconnait les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que leurs enfants mineurs sont protégés contre l'éloignement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il méconnait les dispositions des articles L. 612-10, L. 612-6 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle fixe sa reconduite à la frontière vers un pays où elle craint pour sa sécurité et en ce qu'il ne détermine pas un autre pays où elle serait admissible.

La requête de Mme D a été communiquée au préfet de la Marne qui, le 21 mai 2024, a produit des pièces.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et visas mentionnées aux articles R. 313-12, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Gabon pour les requérants,

- les observations de M. et Mme D, assistés d'un interprète en langue albanaise.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Vu la note en délibéré enregistrée le 3 juin 2024 présentée par les requérants et non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme D, ressortissants de nationalité albanaise qui déclarent être entrés en France le 31 juillet 2022, en compagnie de leurs deux enfants majeurs, ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 juin 2023, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 9 novembre 2023. Par deux arrêtés du 25 mars 2024, le préfet de la Marne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de destination et les a interdits de retourner sur le territoire français pendant une durée de douze mois. Les intéressés demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande des requérants, il y a lieu d'accorder à M. et Mme D le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

5. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français prononcées à l'encontre de M. et Mme D énoncent les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements respectifs. Le préfet de la Marne, qui n'était pas tenue de faire référence de manière exhaustive, à l'ensemble des éléments portés à sa connaissance comme notamment la scolarisation des enfants ou l'état de santé de M. D, a ainsi suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont, par elles-mêmes, sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 613-3 et L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont relatifs aux conditions de notification d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être utilement invoqués. Pour le même motif, la circonstance alléguée qu'il n'aurait pas bénéficié de l'assistance d'une personne de son choix dûment qualifiée ou d'un interprète est sans incidence.

7. En troisième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Or, en l'espèce, il n'est pas établi que les intéressés auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de présenter leurs observations avant que ne soient prises les décisions contestées, ni même encore qu'ils disposaient d'informations pertinentes tenant à leur situation personnelle qu'ils auraient pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles d'y faire obstacle. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils ont été privés du droit d'être entendu.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ". Selon l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Enfin, l'article R. 532-57 du même code dispose que : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. A défaut, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou l'ordonnance de la cour nationale du droit d'asile a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

10. Les requérants soutiennent que les décisions du 09 novembre 2023 de la CNDA ne leur ont pas été notifiées. Toutefois, il ressort du relevé Telem Ofpra produit en défense que les décisions de l'OFPRA leur ont été notifiées et que les décisions de la CNDA, qui a rejeté définitivement leurs demandes ont été lu en audience publique. Or, les requérants ne versent aucun élément au dossier permettant de remettre en cause l'exactitude des mentions portées sur la fiche " Telem Ofpra " qui, en vertu des dispositions précitées de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait foi jusqu'à preuve du contraire. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Marne a entaché les arrêtés litigieux d'une illégalité ni qu'ils bénéficiaient, à la date des arrêtés litigieux, du droit de se maintenir sur le territoire français.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

12. La circonstance, à la supposer avérée, que l'administration n'aurait pas délivré à M. et Mme D l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relative aux conditions de délivrance des titres de séjour, pour les inviter, le cas échéant, à présenter dans le délai fixé par le texte une demande d'admission au séjour sur un fondement autre que celui de l'asile, est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, les requérants n'apportent, à l'appui de leur moyen, aucune précision utile permettant de conclure à l'omission de cette mesure d'information, alors même qu'ils ne font état d'aucune démarche tendant à se voir admettre au séjour à un autre titre que l'asile, avant que soit prise la décision contestée relative à son éloignement. En particulier, s'ils soutiennent que le préfet de la Marne aurait dû, au vu de l'état de santé de M. D, saisir le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et produisent un certificat médical du 25 mars 2024, attestant qu'il a été victime d'une aphasie partielle, ils ne démontrent pas avoir sollicité une demande de titre sur l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni sur le fondement des articles

L. 423-3 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. et Mme D se prévalent de leur présence et de celle de leurs deux enfants, scolarisés, en France depuis janvier 2023 ainsi que de leur intégration manifestée par des liens stables et réguliers. Toutefois, alors que la durée du séjour en France des requérants n'a été acquise qu'en raison du délai d'instruction de leur demande d'asile, puis de la prise en charge de la pathologie de M. D, ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches en Albanie, et où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. En outre, les mesures d'éloignement prononcées en litige ne briseront pas la cellule familiale qui pourra être reconstruite en Albanie, et où leurs enfants pourront poursuivre leur scolarité. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

15. Au demeurant, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. " est inopérant, les arrêtés contestés n'étant pas dirigés contre leurs enfants mineurs mais contre eux.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

17. Si M. et Mme D font valoir qu'ils craignent pour leur vie en cas de retour en Albanie, ils n'apportent aucun élément de nature à étayer leurs allégations et à justifier qu'ils encourent des risques de traitements inhumains ou dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Au demeurant, il est constant que leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile par décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur la décision de départ volontaire :

18. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

19. M. et Mme D soutiennent que la décision portant refus de délai de départ volontaire supérieur à trente jours est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, les circonstances dont ils font état, qui ne sont, au demeurant, pas établies comme cela a été dit au point17, ne sont pas de nature à justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Par suite, les moyens soulevés ne peuvent être qu'écartés.

20. Eu égard à ce qu'il a été dit précédemment, le requérant ne saurait utilement soutenir que cette décision devrait être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter de territoire.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

22. Les décisions attaquées comportent l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui les fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

23. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

24. M. et Mme D déclarent être entrés en France le 22 juillet 2022, depuis un peu plus d'un an et demi à la date des arrêtés attaqués. S'ils se prévalent de la scolarisation de leurs enfants en France, les intéressés ne justifient d'aucune attache et n'établissent pas être isolés dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Eu égard à leur entrée récente en France et de la nature et à la possibilité de reconstituer leur cellule familiale dans leur pays d'origine, le préfet de la Marne n'a pas, en prononçant une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

25. En outre, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de ce qu'ils peuvent se prévaloir de circonstances humanitaires empêchant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être également écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

26. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

27. Si les requérants soutiennent que les arrêtés attaqués les exposent à un risque réel d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, en tant qu'il fixe pour pays de destination leur pays d'origine, il résulte de ce qui a été précédemment, qu'ils ne justifient d'aucuns éléments factuels relatifs à la nature des risques auxquels ils seraient exposés en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, il ressort des termes des arrêtés en litige qu'ils prévoient l'éloignement des intéressés à destination " de tout autre pays dans lequel elle établit être légalement admissible ". Dans ces conditions, les requérants, dont les demandes d'asile ont, au demeurant, été rejetés tant par l'OFPRA que par la CNDA, n'établissent pas, à la date des décisions litigieuses, que celles-ci les exposeraient à des traitements contraires aux dispositions et stipulations citées au point précédent.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes de M. et Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et celles afférentes aux dépens doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme E D, à Me Gabon et au préfet de la Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. C La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s2400854 et 2400855

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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