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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400859

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400859

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantSEGAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2400859 le 12 avril 2024, M. A D, représenté par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 mars 2024 pris par le préfet des Ardennes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de prononcer son maintien sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de M. D a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas présenté d'observations, mais a produit des pièces, enregistrées le 21 mai 2024.

Par une décision du 24 avril 2024, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2400860 le 12 avril 2024, Mme B C, représentée par Me Ségaud-Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 14 mars 2024 pris par le préfet des Ardennes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de prononcer son maintien sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de Mme C a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces, enregistrées le 21 mai 2024.

Par une décision du 24 avril 2024, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,

- et les observations de M. D, assisté d'un interprète en arabe, par lesquelles il se prévaut de craintes de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A D, ressortissant algérien né le 4 décembre 1991, et Mme C, ressortissante serbe née le 18 janvier 1989 qui déclarent être entrés sur le territoire français le 1er mars 2022, ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leurs pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) des 5 et 24 janvier 2023, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 juin 2023 et du 14 novembre 2023. Par deux arrêtés du 14 mars 2024, dont les requérants doivent être regardés comme ne demandant que l'annulation des deux arrêtés du préfet des Ardennes les obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant leur pays de destination et leur interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En premier lieu, les arrêtés querellés comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés litigieux, qui au demeurant n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme C se sont mariés en Allemagne en 2021 et déclarent être entrés en France le 1er mars 2022. S'ils se bornent à soutenir y avoir construit leur vie et ne pas pouvoir reconstituer leur cellule familiale dans un de leur pays d'origine n'ayant pas la même nationalité, il ressort des pièces du dossier avoir eu chacun un parcours dans plusieurs pays d'Europe. De plus, leur présence en France n'est que récente. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de leur mariage et de leur présence en France, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions contestées porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations suscitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

7. En dernier lieu, si, M. D expose, au cours de l'audience, ses craintes de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, en tant qu'il aurait été menacé de mort en raison d'une dette contractée et qu'il n'a pas pu régulariser, les éléments qu'il produit dans la présente instance ne permettent pas de les tenir pour établies d'autant plus que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Le moyen doit donc être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D et Mme C doivent être que rejetées. Par voie de conséquences les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C, au préfet des Ardennes et à Me Julie Ségaud-Martin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s 2400859 et 2400860

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