mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400861 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, M. B A, représenté par Me Ludot, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite de refus née du silence gardé par le préfet de la Marne sur sa demande du 9 janvier 2024 tendant à saisir de sa demande d'asile l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de transmettre sa demande d'asile à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et de lui remettre, dans cette attente, un récépissé de demande d'asile et ce, à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) que le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros, soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Oscar Alvarez, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant russe né le 2 novembre 1991 en Arménie, est entré sur le territoire français le 12 février 2019 selon ses déclarations et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 18 juin 2019, confirmée par une décision du 16 juillet 2021 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. La demande de réexamen déposée par l'intéressé le 21 mars 2022 a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 31 mars 2022, confirmée par la CNDA le 15 juillet suivant. Le 30 mai 2022, M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 août 2023, le préfet de la Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne en date du 16 novembre 2023. Par courrier en date du 9 janvier 2024 complété par un second courrier en date du 22 février 2024, il a saisi les services préfectoraux d'une demande d'enregistrement d'une procédure d'asile et de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par le présent recours, M. A demande l'annulation de la décision implicite née du silence gardé sur cette saisine en tant qu'elle refuse la transmission de sa demande d'asile à l'OFPRA.
2. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans le délai du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. Dès lors qu'il n'est pas établi que M. A aurait demandé la communication des motifs de la décision implicite attaquée, il n'est pas fondé à soutenir qu'elle est entachée d'une insuffisance de motivation.
4. M. A se prévaut de sa présence en France depuis cinq années, de son perfectionnement en langue française, d'activités de bénévolat auprès du secours catholique, de contacts réguliers avec ses enfants qui sont scolarisés en France et dont le dernier est né en France pour lesquels des visites sont programmées selon un calendrier rencontres mis en place par l'association d'enquête et de médiation dans le cadre de ce droit de visite et conformément à une ordonnance de référé rendue par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Charleville-Mézières le 4 juin 2021. Toutefois, en se bornant à produire quelques photographies non datées avec ses enfants, le requérant, qui est dispensé de toute contribution alimentaire du fait de son insolvabilité, ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait exercé de manière effective son droit de visite depuis la mise en place de ce calendrier, ni que la mère des enfants aurait fait obstacle à l'organisation de ses visites. M. A ne justifie d'aucune insertion professionnelle ni d'aucune perspective d'emploi. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu d'attaches familiales en cas de retour en Russie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, et à supposer qu'il puisse invoquer utilement les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la décision en litige n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale, tel qu'il est garanti par ces dispositions, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.
5. Dès lors que la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de l'obliger à regagner son pays d'origine, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite refusant la transmission de sa demande d'asile à l'OFPRA doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller,
M. Oscar Alvarez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. ALVAREZ
Le président,
Signé
O. NIZETLa greffière,
Signé
I. DELABORDE
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