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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400862

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400862

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du 18 mars 2024 de la préfète de l'Aube refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la préfète avait suffisamment examiné la situation personnelle de M. A, notamment au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que les moyens soulevés (défaut d'examen, erreurs matérielles, méconnaissance de l'autorité de la chose jugée, atteinte à la vie privée et familiale) n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral, en application des dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 avril 2024 et 29 avril 2024, M. B A, représenté par Me Noudehou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de renouveler son titre de séjour, a abrogé son récépissé de demande de titre de séjour valable du 17 février 2024 au 16 août 2024, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que la préfète de l'Aube n'a pas examiné sa demande au regard de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni au regard de l'article L. 435-1 du même code ;

- il est entaché d'erreurs matérielles dès lors qu'il y est retenu à tort qu'il aurait indûment bénéficié d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance en raison de son état civil frauduleux et qu'il n'a pas de résidence stable ;

- c'est à tort que la préfète de l'Aube a retenu qu'il aurait tenté d'utiliser frauduleusement un timbre fiscal déjà consommé, dès lors qu'il s'est agi d'une erreur de sa part ;

- l'arrêté aurait dû être précédé d'une saisine de la DIRECCTE pour avis ;

- il méconnaît l'autorité de la chose jugée par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne dans un jugement du 24 janvier 2023 ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter préalablement des observations écrites.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, la préfète de l'Aube, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rifflard, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 26 février 2002, déclare être entré irrégulièrement en France le 4 juillet 2018. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance le 12 juillet 2018. Il a fait l'objet d'une première décision de refus de séjour le 22 mars 2021 assortie d'une obligation de quitter le territoire français, ces décisions ayant été confirmées par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 2 juin 2022. Le 29 juillet 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture de l'Aube en se prévalant d'un pacte civil de solidarité (PACS) conclu le 19 août 2021 avec une ressortissante française. Par un arrêté du 4 novembre 2022, la préfète de l'Aube a rejeté cette demande et prononcé une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. A. Par un jugement du 24 janvier 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé cet arrêté et enjoint à la préfète de l'Aube de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". La préfète de l'Aube a remis à M. A le 14 avril 2023 ce titre de séjour, valable du 17 février 2023 au 16 février 2024. Le 19 décembre 2023, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 18 mars 2024, la préfète de l'Aube a refusé de renouveler son titre de séjour, a décidé d'abroger son récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour qui était valable jusqu'au 16 août 2024, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux années. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne font d'ailleurs et en tout état de cause nullement obstacle à l'exercice par le préfet du pouvoir discrétionnaire qui lui permet de régulariser la situation d'un étranger compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle, peuvent être invoquées, à l'appui d'une demande de renouvellement de titre de séjour, par un étranger pour le cas où il ne remplirait pas les conditions de renouvellement de ce titre.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté sa demande par le biais d'un formulaire, produit à l'instance par la préfète de l'Aube. Aucune des mentions de ce formulaire ne permet de considérer que la demande de l'intéressé n'aurait porté que sur un renouvellement de son titre de séjour en cours, et n'aurait pas également eu pour objet, fût-ce à titre subsidiaire, une admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, M. A a notamment déclaré sur ce formulaire, contrairement à ce qu'indique la préfète de l'Aube dans ses écritures en défense, un changement de situation par rapport à sa précédente demande de titre de séjour tenant, d'une part, à la rupture de son PACS et de sa situation actuelle de célibataire, et, d'autre part, à ce qu'il exerçait désormais une activité professionnelle. M. A précise en outre, sans être contredit, avoir fourni à l'appui de cette demande ses contrats de travail et ses bulletins de salaire pour les années 2023 et 2024. Dans ces conditions, la demande de M. A devait être regardée comme tendant à la fois au renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par suite, en se bornant à examiner la demande de M. A comme portant exclusivement sur un renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Aube n'a pas examiné intégralement la demande de M. A. Ce dernier est par conséquent fondé à soutenir que la préfète de l'Aube a omis d'examiner sa demande au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle a dès lors entaché sa décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, doivent également être annulées les décisions portant respectivement abrogation du récépissé de demande de titre de séjour valable du 17 février 2024 au 16 août 2024, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination, et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

5. L'annulation de l'arrêté attaqué implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Aube de réexaminer la demande de M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Aube d'effectuer un tel réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 mars 2024 par lequel la préfète de l'Aube a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, a abrogé son récépissé de demande de titre de séjour valable du 17 février 2024 au 16 août 2024, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aube de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour ou d'admission exceptionnelle au séjour de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aube.

Copie en sera délivrée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Briquet, président,

M. Torrente, premier conseiller,

M. Rifflard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

R. RIFFLARDLe président,

Signé

B. BRIQUET

La greffière,

Signé

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de l'Aube en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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