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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400872

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400872

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHAMI-ZNATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, M. A B, représenté par Me Hami-Znati, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision implicite née du silence gardé par le préfet de la Marne sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour présentée le 31 juillet 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et, dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous le même délai et la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée dès lors qu'aucune réponse à sa demande de communication des motifs ne lui a été faite ;

- elle est dépourvue d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il exerce une activité professionnelle lui procurant des revenus stables, et qu'il réside en France depuis plus de quatre ans ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article 9 du code civil ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant son droit à être entendu ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les mêmes motifs que la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article 9 du code civil ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant son titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article 9 du code civil.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

9 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Soistier, premier conseiller,

- et les observations Me Hami-Znati, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. "

2. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées. Par suite, il est loisible à l'intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

4 M. B, ressortissant nigérian, est entré en France le 29 novembre 2020, après avoir passé quatre années en Italie. Par un courrier en date du 27 juillet 2023, reçu par le préfet de la Marne le 31 juillet 2023, M. B a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Par un courrier reçu le 16 janvier 2024 par le préfet de la Marne, M. B a sollicité les motifs de cette décision implicite. Il n'a pas été fait droit à cette demande. En premier lieu, si par un courrier du 31 janvier 2024, l'administration a indiqué à l'intéressé que sa demande n'avait pas fait l'objet d'un refus et était en cours d'instruction, cette réponse ne saurait faire échec aux dispositions précitées qui prévoient la naissance d'une décision implicite de refus passé un délai de quatre mois après la demande de délivrance d'un titre de séjour. En second lieu, il est constant que l'administration n'a pas fait droit à la demande de communication des motifs de la décision implicite précitée, présentée dans le délai prévu par l'article L. 232-3 du code des relations entre le public et l'administration pour M. B. Il s'ensuit que la décision implicite en cause est entachée d'illégalité et ne peut être qu'annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard au motif qui en constitue le fondement, implique seulement un réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte. Dans cette attente, le préfet de la Marne délivrera, dans un délai de cinq jours suivant la notification du présent jugement, à M. B, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Hami-Znati, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hami-Znati de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née du silence gardé par le préfet de la Marne sur la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. B, le 31 juillet 2023, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Marne de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte. Dans cette attente, le préfet de la Marne délivrera, dans un délai de cinq jours suivant la notification du présent jugement, à

M. B, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Hami-Znati, avocate de M. B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hami-Znati renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hami-Znati et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Nizet, président,

- M. Soistier, premier conseiller,

- M. Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. SOISTIER

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

N. MASSON

No 240087

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