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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400888

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400888

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 27 avril 2024, M. A B, représenté par Me Yamova, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 16 novembre 2023, par laquelle le préfet de l'Aube a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " et de la décision du 16 février 2024 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de faire droit à sa demande de protection temporaire et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que l'octroi de la protection temporaire permet l'accès à un hébergement ou au moyen d'y accéder, qu'il risque un éloignement forcé vers l'Ukraine, que, privé de la possibilité de travailler, il se trouve dans une situation de vulnérabilité, et que l'urgence ne saurait être déniée en raison de la circonstance qu'il a introduit un recours gracieux dont il espérait une issue favorable ;

- le recours est recevable, dès lors, d'une part, que le recours administratif qu'il a introduit dans le délai de recours a prorogé le délai de recours contentieux, et, d'autre part, une requête tendant à l'annulation de la décision du 16 novembre 2023 a bien été introduite ;

- un doute sérieux quant à la légalité de cette décision existe, en ce que son signataire était incompétent et qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est un ressortissant ukrainien visé par la décision du Conseil de l'Union européenne du 4 mars 2022 et que le motif tiré de la falsification de son passeport méconnait les articles L. 811-2 du même code et 47 du code civil.

Par un mémoire, enregistré le 23 avril 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que le refus de délivrance d'un titre de séjour a été contesté plus de cinq mois après son édiction et qu'il n'est assorti d'aucune mesure d'éloignement ;

- la requête est irrecevable, en ce que, d'une part, elle est tardive et, d'autre part, aucun recours au fond n'a été déposé contre la décision du 16 novembre 2023 ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse, dès lors que son signataire avait été régulièrement délégué pour ce faire et que la décision, qui porte refus d'admission au séjour au seul titre de l'admission exceptionnelle, est motivée par le caractère falsifié des documents d'identité du requérant.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 avril 2024 sous le n° 2400892 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision du 16 novembre 2023 et de la décision du 16 février 2024 portant rejet de son recours gracieux.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle il a été décidé de prolonger l'instruction jusqu'au 29 avril 2024 à 18 heures :

- le rapport de Mme Castellani, juge des référés ;

- les observations de Me Yamova, représentant M. B.

Un mémoire a été produit le 29 avril 2024 pour M. B, qui persiste dans ses conclusions et moyens et demande en outre l'annulation de la décision implicite refusant le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", en soutenant au surplus que la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

2. M. B est entré en France en mars 2022 et a sollicité la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour au titre du régime de la protection temporaire, prévue par l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a bénéficié d'une telle autorisation à compter du 12 avril 2022 et jusqu'au 11 mai 2022. Cette autorisation temporaire n'a pas été renouvelée et M. B a sollicité en mai 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 16 novembre 2023, la préfète de l'Aube a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ". M. B demande, dans le dernier état de ses écritures, la suspension de l'exécution, d'une part, de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Aube a refusé de renouveler son autorisation provisoire de séjour et, d'autre part, de la décision du 16 novembre 2023 refusant son admission exceptionnelle au séjour et de la décision portant rejet de son recours gracieux.

En ce qui concerne la demande de suspension de la décision portant refus de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour :

3. Aux termes de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil : " 1. L'existence d'un afflux massif de personnes déplacées est constatée par une décision du Conseil () / () / 3. La décision du Conseil a pour effet d'entraîner, à l'égard des personnes déplacées qu'elle vise, la mise en œuvre dans tous les États membres de la protection temporaire conformément aux dispositions de la présente directive () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 8 de la même directive : " Les États membres adoptent les mesures nécessaires afin que les bénéficiaires disposent de titres de séjour pendant toute la durée de la protection temporaire. Des documents ou d'autres pièces justificatives équivalentes sont délivrés à cette fin ". Selon l'article 12 de cette directive : " Les États membres autorisent, pour une période ne dépassant pas la durée de la protection temporaire, les personnes qui en bénéficient à exercer une activité salariée ou non salariée, sous réserve des règles applicables à la profession choisie () ".

4. Pour assurer la transposition des objectifs de cette directive, l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le bénéfice du régime de la protection temporaire " est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire () ". Selon l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. / Le bénéfice de la protection temporaire est accordé pour une période d'un an renouvelable dans la limite maximale de trois années. Il peut être mis fin à tout moment à cette protection par décision du Conseil. () ". En vertu de l'article R. 581-4 de ce code : " () le bénéficiaire de la protection temporaire est mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable six mois portant la mention "bénéficiaire de la protection temporaire". / L'autorisation provisoire de séjour est renouvelée automatiquement pendant toute la durée de la protection temporaire définie au deuxième alinéa de l'article L. 581-3 (). / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle ".

5. Il est constant que l'autorisation provisoire de séjour qui avait été délivrée à M. B n'a pas été renouvelée à son terme, soit à compter du 12 mai 2022. Un tel renouvellement étant, en application de l'article R. 581-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, automatiquement opéré, son absence révèle une décision de refus d'y procéder. Si, en principe, s'agissant d'une demande de suspension dirigée contre un refus de renouvellement d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, qui constitue, au regard de ses caractéristiques, un titre donnant droit au séjour, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite, celle-ci ne peut, en l'espèce, être regardée comme remplie, eu égard à la date d'introduction de la demande de suspension de cette décision, intervenue près de deux années après que le refus de renouvellement, qui n'a au demeurant pas fait l'objet d'une requête à fin d'annulation, lui a été opposé.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour :

6. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du 16 novembre 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, M. B fait valoir qu'elle le prive de la possibilité de bénéficier des allocations liées au bénéfice de la protection temporaire prévue à l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle le contraint à retourner en Ukraine. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la décision du 16 novembre 2023 n'a pas pour objet de refuser à l'intéressé l'octroi d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, ni pour effet de contraindre le requérant à retourner en Ukraine. En outre, le requérant se borne à soutenir qu'il est privé de la possibilité de travailler sans apporter d'éléments précis quant à sa situation personnelle. Par suite, la condition d'urgence ne saurait être regardée comme établie.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais engagés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la préfète de l'Aube.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La juge des référés,La greffière,

A.- C. CASTELLANIA. DEFORGE

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