lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400900 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, M. B A, représenté
par Me Mainnevret, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions
de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 20 février 2024 par laquelle le préfet de la Marne lui a délivré une autorisation provisoire de séjour en tant que ce document ne l'autorise pas à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une autorisation provisoire
de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement
des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il vit en France depuis quarante-huit ans, qu'il est travailleur handicapé et qu'il a rendez-vous le 24 avril avec son conseiller Pôle Emploi qui lui demande de produire un document l'autorisant à travailler ;
- le moyen tiré de ce que, ayant sollicité un titre de séjour salarié, il a le droit
de disposer d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu la requête n°2400899 enregistrée le 17 avril 2024, par laquelle M. B A, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal d'annuler la décision du 20 février 2024 par laquelle le préfet de la Marne lui a délivré une autorisation provisoire de séjour en tant que ce document ne l'autorise pas à travailler et de mettre à la charge de l'Etat une somme
de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi
du 10 juillet 1991.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Deschamps pour statuer sur les demandes
de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 avril 2024 à 11 h :
- le rapport de M. Deschamps, juge des référés ;
- les observations de Me Mainnevret, pour le compte de M. A, qui reprend
ses observations écrites, qui précise qu'il sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que le refus qui lui est opposé méconnait l'article R. 431-15 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui souligne qu'il est paradoxal qu'alors
que la décision en cause prolonge la validité du titre de séjour qui l'autorisait à travailler.
L'instruction a été close à 11 heures 15, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. M. A, qui est déjà représenté par un avocat, a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, compte tenu de l'urgence,
de prononcer l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand
une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension
de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant
à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-1 du même code, le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Enfin, le premier alinéa
de l'article R. 522-1 de ce code ajoute que la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.
4. M. A, ressortissant marocain né le 15 juillet 1972, a sollicité du préfet de la Marne le renouvellement d'un titre de séjour qui lui avait été délivré au titre de la vie privée et familiale et qui l'autorisait à travailler dont la validité a expiré le 19 septembre 2023 mais dont les effets ont été prolongés jusqu'au 19 mai 2024. Il demande la suspension des effets de la décision
du 20 février 2024 par laquelle le préfet de la Marne lui a délivré une autorisation provisoire
de séjour en tant que ce document ne l'autorise pas à travailler et d'enjoindre au préfet
de lui délivrer un tel document.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge
des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Il résulte de l'instruction que le requérant, qui dit être entré en France à l'âge
de quatre ans, a disposé d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale qui l'autorisait à travailler. Si, en raison de troubles de santé, il n'a pas exercé d'activité professionnelle à titre habituel, il a manifesté le souhait de reprendre une activité professionnelle et a, à cet effet,
un rendez-vous le 24 avril 2024 avec les services de France Travail qui lui demandent
la production d'un document l'autorisant à travailler. Dans ces conditions, la délivrance
d'un récépissé de titre de séjour ne l'autorisant pas à travailler fait obstacle à ces démarches. Au vu de l'atteinte que porte cette décision à sa situation, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux :
7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article
R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il s'ensuit que l'exécution
de la décision du 22 décembre 2023 en tant qu'elle n'autorise pas M. A à travailler doit être suspendue.
8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Marne de délivrer à M. A, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, un récépissé
de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais du litige :
9. M. A a été admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances
de l'espèce, sous réserve que Me Mainnevret, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive
de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement
à Me Mainnevret de la somme de 1 200 euros hors taxes. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du 20 février 2024, en tant qu'elle n'autorise pas M. A à travailler, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Marne de délivrer à titre provisoire à M. A,
dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance,
un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Mainnevret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive
de l'État, l'État versera à Me Mainnevret, avocat de M. A, une somme de 1 200 euros hors taxes, sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi
du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A
par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A
sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Marne.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 22 avril 2024.
Le juge des référés,
signé
A. DESCHAMPSLe greffier,
signé
A. PICOT
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