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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400902

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400902

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 avril et 22 mai 2024, M. A C, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'ordonner à la préfète de l'Aube la production de son entier dossier administratif ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'arrêté :

- l'arrêté a été pris incompétemment ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration, en tant qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle doit être annulée par exception d'illégalité, dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par exception d'illégalité, dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par exception d'illégalité, dès lors qu'elle se fonde sur une décision d'éloignement illégale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure le privant d'une garantie dès lors qu'il n'a pas été informé des modalités de son exécution ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 10 novembre 1997, qui déclare être entré sur le territoire français en septembre 2021, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 février 2022, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 juillet 2022. Depuis cette date, M. C s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. Le 15 avril 2024, il a été interpellé à la suite d'un contrôle par les services de la police nationale et placé en garde à vue pour défaut de permis de conduire. Par un arrêté du 16 avril 2024, dont M. C demande l'annulation, la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce et à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande du requérant, il y a lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs à l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, par un arrêté du 29 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Aube a donné délégation à Mme E B, directrice de de la citoyenneté, de la légalité et des collectivités locales à l'effet de notamment signer tous les arrêtés relevant des attributions de sa direction, au nombre desquelles figures les mesures relatives à la police des étrangers et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme F D, cheffe du service des étrangers, signataire de l'arrêté en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". L'article L. 613-2 de ce code dispose que : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 (). Elles sont motivées. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code, lequel est applicable au cas d'espèce : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. L'arrêté litigieux comporte les circonstances de droit et de fait qui la fonde. Elle indique notamment que depuis le rejet de sa demande d'asile, le requérant s'est maintenu en France en situation irrégulière et n'a pas sollicité un autre titre de séjour, rappelle sa situation familiale et ses liens familiaux en France ainsi que son entrée récente. De plus, elle précise s'agissant d'un éventuel retour en Algérie, que l'intéressé ne souhaite y déférer. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions contestées ne peut être qu'écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ".

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 et alors que la préfète n'était pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments de sa situation, a procédé à l'examen réel et sérieux de celle-ci. Au demeurant, la circonstance que M. C justifie dans la présente instance avoir travaillé, est sans incidence sur la légalité de la décision, ce dernier n'ayant pas déposé de demande de titre de séjour après le rejet de sa demande d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

10. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États-membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

11. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

12. Dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que la qualité de réfugié ait été définitivement refusée à l'étranger. Or, l'étranger est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que l'administration statue sur une demande d'asile, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre à même la personne concernée de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français.

13. Il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté la demande d'asile de M. C. Dès lors, le requérant a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou des documents avant que ne soit pris l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résident d'un an portant la mention " vie privée et familiales " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Il résulte de ces stipulations qu'il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser un titre de séjour ou de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que ces décisions porteraient à sa vie privée et familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles seraient prises.

16. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déclaré être entré en France en septembre 2021 et qu'il est célibataire et sans enfant à charge. S'il se prévaut de la présence sur le territoire français de trois de ses sœurs, dont deux ont vocation à demeurer sur le territoire français étant titulaires de cartes de résident, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et deux autres de ses sœurs. De plus, faute d'avoir sollicité un titre de séjour pour un autre motif et s'étant maintenu depuis le rejet de se demande d'asile irrégulièrement sur le territoire français, il ne peut utilement se prévaloir avoir travaillé. Dans ces conditions, M. C n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

17. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

18. En premier lieu, au vu des motifs précédemment énoncés, M. C ne saurait exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de sa contestation de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

19. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement en France et a déclaré son intention de s'y maintenir. Dans ces conditions, alors même que M. C se prévaut disposer de garanties de représentation suffisantes au vu du logement dont il se dit titulaire et de ses déclarations d'impôt, la préfète de l'Aube a pu, sur les seuls motifs précédemment énoncés, regarder comme établi, au regard des dispositions suscitées des 3° et 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et refuser ainsi de lui accorder un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions de l'article

L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision de la préfète refusant de lui accorder un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

20. En premier lieu, au vu des motifs précédemment énoncés, M. C ne saurait exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de sa contestation de la décision fixant son pays de destination en cas d'exécution forcée de la décision d'éloignement.

21. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. Si M. C se prévaut de la méconnaissance, par la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 721-4 de ce même code, il n'assortit son moyen d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut être qu'écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

23. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".

24. M. C se prévaut d'une ancienneté de séjour de deux ans et six mois à la date de l'arrêté contesté, de disposer d'un logement, de travailler, de l'intensité de ses liens avec la France, de ne pas avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement et de ce que les éléments versés au dossier ne permettent pas de laisser présumer que sa présence en France représenterait une menace pour l'ordre public. Se faisant, il est fondé à soutenir que la préfète de l'Aube en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour du requérant, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il s'ensuit, que dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'annuler, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigée contre cette décision.

25. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de l'Aube lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Le surplus des conclusions à fin d'annulation de présentées par M. C doit être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Eu égard à la décision annulé et à ses motifs d'annulation, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C, doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté de la préfète de l'Aube du 16 avril 2024 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Adrien Namigohar et à la préfète de l'Aube.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. MÉGRET

La greffière,

Signé

S. VICENTE

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