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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400903

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400903

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantLEBAAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro n° 2400903 le 17 avril 2024, M. C E, représenté par Me Lebaad, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations des articles 3-1 et 3-2 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3.1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article l. 612-10 de l'article ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de M. E a été communiquée au préfet des Ardennes qui a produit des pièces enregistrées le 21 mai 2024.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 mai 2024.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2400904 le 17 avril 2024, Mme A D, représentée par Me Lebaad, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnait les stipulations des articles 3-1 et 3-2 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3.1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête de Mme D a été communiquée au préfet des Ardennes qui a produit des pièces enregistrées le 21 mai 2024 sans présenter d'observations.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 mai 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et visas mentionnées aux articles R. 313-12, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Lebaad pour les requérants,

- les observations de M. E et Mme D, assistés d'un interprète en langue géorgienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. E et Mme D, ressortissants géorgiens qui déclarent être entrés en France le 2 novembre 2023, en compagnie de leurs deux enfants, ont sollicité des autorités françaises leur admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans leur pays d'origine. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 5 février 2024, notifiées les 6 et 7 mars 2024. Par deux arrêtés du 13 mars 2024, le préfet des Ardennes les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé leur pays de destination et les a interdits de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Les intéressés demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Le bureau d'aide juridictionnelle ayant statué sur les demandes des requérants au titre de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs à l'arrêté et à l'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, par un arrêté du 13 juillet 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Ardennes a donné délégation à M. Joël Dubreuil, secrétaire général de la préfecture des Ardennes à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département des Ardennes, à l'exception de certains actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les arrêtés en litige mentionnent les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle de M. E et Mme D, contrairement à ce que soutiennent les requérants. Par suite, ces arrêtés sont suffisamment motivés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont entrés en France récemment avec leurs deux enfants. S'ils soutiennent, en produisant des certificats, que leurs enfants sont scolarisés dans des établissements français, toutefois, alors que la durée du séjour en France des requérants n'a été acquise qu'en raison du délai d'instruction de leur demande d'asile, il n'est pas établi qu'ils entretiennent des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement sur le territoire français ni être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Par ailleurs, la cellule familiale pourra être reconstruite en Géorgie où leurs enfants pourront poursuivre leur scolarité. M. E et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués portent au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris. Le moyen doit donc être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 3-2 de la même convention : " Les Etats parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées. ".

8. Pour les mêmes raisons qu'évoquées au point 6, M. E et Mme D ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions précitées. Par ailleurs, ils ne font l'état d'aucune circonstance empêchant leurs enfants de poursuivre leur scolarité en Géorgie. Dès lors, le moyen tiré doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. M. E et Mme D font valoir que leurs voisins, en Géorgie, ont proféré des menaces de mort à leur encontre à la suite d'un accident mortel impliquant M. E et un membre de leur famille. Toutefois, les intéressés n'apportent aucun élément de nature à étayer leurs allégations et à justifier qu'ils encourraient des risques de traitements inhumains et dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Au demeurant, il est constant que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile par décisions du 2 mai 2024. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulées par le présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. M. E et Mme D déclarent être entrés en France le 2 novembre 2023 et se prévalent de la scolarité de leurs enfants en France. Toutefois, d'une part, leur présence en France n'est que récente, ils ne justifient d'aucune autre attache et n'établissent pas être isolés dans leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Eu égard à leur entrée récente en France et à la nature de leurs liens avec la France, le préfet des Ardennes n'a pas, en prononçant des mesures d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de M. E et Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et celles afférentes aux dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. E et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et Mme A D, à Me Lebaad et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. B La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°s2400903 et 2400904

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