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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400912

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400912

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique - Eloignement
Avocat requérantLEBAAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2024, M. A B, représenté par Me Lebaad, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui permettre de déposer une nouvelle demande de titre de séjour, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à Me Lebaad, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les dépens.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'arrêté :

- l'arrêté a été pris incompétemment ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré du non-respect du principe du contradictoire et du non-respect au droit à un procès équitable ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant une interdiction de retour :

- elle est illégale par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête de M. B a été communiquée au préfet des Ardennes qui n'a pas produit d'observations, mais a produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Lebaad, pour M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant serbe né le 4 février 1986 qui déclare être entré en France en octobre 2023, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 26 février 2024 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par un arrêté du 13 mars 2024, le préfet des Ardennes l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 13 juillet 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Ardennes a donné délégation à M. Joël Dubreuil, secrétaire général de la préfecture des Ardennes à l'effet de signer tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département des Ardennes, à l'exception de certains actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de faits qui la fonde. La circonstance que l'arrêté ne retrace pas entièrement le parcours et la situation du requérant est sans incidence sur la légalité de l'arrêté, ce dernier comprenant les éléments essentiels de sa situation personnelle au titre de l'asile et de sa vie privée et familiale et précisant l'âge de son entrée en France et que celle-ci est récente. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

5. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, M. B a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile devant l'OFPRA. Il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou des documents avant que ne soit prises les décisions contestées. Enfin, la circonstance que son recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) soit encore pendant est sans incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été édicté en méconnaissance du principe du contradictoire et du droit à un procès équitable.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile, de sa correspondance (). ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Si M. B soutient être parfaitement intégré, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré être arrivé en France en octobre 2023, soit seulement cinq mois à la date de l'arrêté contesté. En outre, les pièces qu'il produit pour justifier de son intégration, à savoir, une attestation de versement d'allocation pour demandeur d'asile et un certificat d'hébergement en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, ne permettent pas de caractériser une vie privée et familiale suffisante en France. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. M. B soutient craindre en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son appartenance à la communauté rom et son engagement politique en faveur de la défense des personnes LGBT. Toutefois, d'une part, il est originaire de la Serbie qui est un pays sûr et ne bénéficie pas du droit au maintien sur le territoire français après rejet de sa demande auprès de l'OFPRA. D'autre part, il ne produit qu'un document dénommé " demande de soumission de données " duquel il ressort qu'il a été victime le 16 septembre 2022 d'une agression sans qu'en soit indiqué le mobile et sans que la suite donnée soit précisée. De plus, s'il justifie avoir saisi la CNDA et que son affaire y est pendante, il ne produit pas la décision de l'OFPRA du 26 février 2024 qui n'a pas été prise dans le cadre d'une procédure accélérée. Dès lors, il ne justifie pas de la réalité des risques personnels auxquels ils seraient exposés en Serbie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision fixant une interdiction de retour :

10. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Ardennes, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. B, s'est fondé sur son entrée récente en France et sur la nature et l'ancienneté de ses liens avec elle. Par suite, l'intéressé, qui n'établit pas que ces éléments sont erronés, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lebaad et au préfet des Ardennes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

S. MEGRET La greffière,

Signé

S. VICENTE

N°2400912

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