lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL LANDOT & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, la régie du syndicat mixte de l'eau, de l'assainissement collectif, de l'assainissement non collectif, des milieux aquatiques et de démoustication (SDDEA), représentée par la SELARL Landot et associés, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise en vue de constater les désordres affectant la voirie et les réseaux édifiés sous la rue du général Leclerc à Méry-sur-Seine.
Elle soutient que :
- le SDDEA est en charge des services publics de distribution d'eau potable et de l'assainissement collectif et non collectif dans le département de l'Aube ;
- la compétence en matière de distribution d'eau potable et d'assainissement était gérée, avant de lui être transférée, par la commune de Méry-sur-Seine ;
- dans le cadre des travaux d'aménagement de la rue du Général Leclerc route départementale RD 373, traversant la commune de Méry-sur-Seine, et rues annexes, le SIVU de Méry-sur-Seine a conclu un marché de maîtrise d'œuvre avec la société Egis France pour un lot unique intitulé " terrassement, voiries, eaux usées, eaux pluviales, mobilier et signalisation " ;
- outre les travaux de voirie, mobilier et signalisation, les travaux d'aménagement ont également eu pour objet le terrassement de tranchées dans le but d'effectuer la pose et le raccordement des réseaux d'eaux pluviales et d'assainissement sous la voirie ;
- les travaux, confiés à la société Colas Est, devenue Colas Nord-Est, ont démarré le 23 juin 2013 ; un avenant a été conclu le 6 novembre 2013 ;
- les ouvrages ont été réceptionnés le 17 avril 2014, une fois les réserves levées ;
- à compter de l'année 2016, la commune de Méry-sur-Seine a constaté de nombreux désordres affectant la voirie et les réseaux de la rue du Général Leclerc (affaissements des tampons, affaissements des bouches à clés, dégradation de la chaussée à plusieurs endroits) ;
- malgré les interventions de la société Colas dans le courant de l'année 2016 pour effectuer des travaux de reprise d'un regard défaillant puis en 2018, pour procéder à la reprise des tampons sous voirie, la voirie a continué à de se dégrader ;
- des analyses et des diagnostics effectués sur les réseaux de la commune ont permis de mettre en évidence que ces réseaux n'étaient pas étanches ;
- outre les problèmes affectant les réseaux, la chaussée, qui supporte une circulation importante, est très dégradée et pourrait causer des accidents.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, la commune de Méry-sur-Seine, représentée par son maire, demande qu'un expert soit nommé au plus vite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le département de l'Aube déclare s'associer à la requête formulée par la régie du SDDEA. Il demande en outre que la mission de l'expert soit élargie à la détermination de la nature et du montant des travaux nécessaires à la remise en état de la voirie départementale affectée par les désordres.
Il fait valoir que l'expertise sollicitée est un préalable nécessaire et indispensable à la réalisation des travaux de revêtement de la chaussée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, la société Colas Nord Est et la société Colas France, représentées par la SCP Delvincourt Caulier-Richard Castello, demandent au tribunal :
- de mettre hors de cause la société Colas Nord Est,
- d'admettre l'intervention volontaire de la société Colas France, venant aux droits de la société Colas Nord Est,
- de rejeter la requête présentée à l'encontre de la société Colas France venant aux droits de la société Colas Nord Est,
- à titre subsidiaire, de juger que la société Colas France venant aux droits de la société Colas Nord Est formule toutes protestations et réserves sur la mesure d'expertise judiciaire sollicitée.
Elles font valoir que :
- dès lors que la société Colas France vient désormais aux droits de la société Colas Nord Est suite à un apport partiel d'actif ayant pris effet le 31 décembre 2020, il convient de prononcer la mise hors de cause de la société Colas Nord Est et de déclarer recevable l'intervention volontaire de la société Colas France ;
- dès lors que la requête de la régie SDDEA, enregistrée le 16 avril 2024, présente de manière erronée la date du 17 avril 2014 comme étant la date de réception des travaux, au lieu de la date du 11 décembre 2013, qui est la date de signature du procès-verbal de levée des réserves, lesquelles réserves ne concernant pas les désordres allégués, il y a lieu de déclarer cette demande comme irrecevable compte tenu de la forclusion de l'action décennale.
La requête a été communiquée le 19 avril 2024 à la SMABTP et à la société Egis France qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'intervention volontaire de la société Colas France :
1. Il résulte de l'instruction que la société Colas France s'est substituée à la société Colas Nord Est suite à un apport partiel d'actif ayant pris effet le 31 décembre 2020. Par suite il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de substituer la société Colas France à la société Colas Nord Est.
Sur la demande d'expertise :
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.
3. La société Colas France venant aux droits de la société Colas Nord Est soutient que la requête est dénuée d'utilité dès lors que l'action décennale est forclose. Il résulte de l'instruction que les travaux objets du litige ont été commandés par le SIVU de Méry-sur-Seine dont la compétence en matière de distribution d'eau potable et d'assainissement a été transférée à la commune de Méry-sur-Seine après sa dissolution. Le SDDEA qui s'est vue transférer la compétence en matière d'eau potable et d'assainissement à partir du 1er janvier 2021, soit ultérieurement à la date de réception des travaux litigieux, n'est pas lié par contrat avec les constructeurs de la voirie et n'est, en tout état de cause par le maître d'ouvrage de ladite voirie. Il ne peut par conséquent invoquer, ni la garantie décennale, ni la responsabilité contractuelle. En revanche, il peut invoquer la responsabilité sans faute de la collectivité publique ou de l'entrepreneur ayant réalisé les travaux publics en litige dès lors qu'il est tiers par rapport à l'ouvrage public constitué par la voirie. Par suite, la circonstance relevée par la société Colas France que le délai décennal est expiré ne permet pas d'établir que la mesure d'expertise sollicitée est dénuée d'utilité.
4. Toutefois, il apparaît à la lecture de la requête que la régie du SDDEA a fait pratiquer une étude approfondie du réseau d'assainissement permettant de mettre en évidence un certain nombre de désordres (nombreuses obstructions de réseaux, fissures, branchement obstrué), qui trouvent leur origine dans un défaut de compactage lors du remblai des tranchées, comme les pièces du dossier montrant des affaissements de chaussées aux abords des plaques d'égout, des bouches à clés et des tampons, permettent de le constater. En outre, s'agissant du réseau d'eau, le requérant peut, sans investigation, en rapprochant les volumes délivrés aux volumes facturés, déterminer l'existence ou non de fuites pouvant être liées au défaut de compactage. Il suit de là que la régie du SDDEA dispose de suffisamment d'éléments pour rechercher la responsabilité du maître de l'ouvrage ou de l'entreprise ayant exécuté les travaux de voirie. Par suite la demande de la régie du SDDEA ne revêt pas le caractère d'utilité requis par les dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et doit, dès lors, être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la société Colas France est admise.
Article 2 : La requête de la régie du SDDEA est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifié à la régie du SDDEA, à la société Egis France, à la société Colas France, à la SMABTP, au département de l'Aube et à la commune de Méry-sur-Seine.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 8 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
O. A
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