mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400926 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
| Avocat requérant | SELARL LE CAB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Boia, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire au séjour avec autorisation de travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux a été pris incompétemment ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête de Mme B a été communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces, enregistrées le 21 mai 2024.
Par une décision du 16 mai 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mégret, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Boia, représentant Mme B,
- et les observations de Mme B, assistée d'un interprète en arménien.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante arménienne née le 19 mars 1956 qui déclare être entrée sur le territoire français le 5 décembre 2022, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile en raison de craintes en cas de retour dans son pays d'origine. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 19 avril 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 septembre 2023. Depuis cette date, Mme B s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français. Par un arrêté du 25 mars 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 16 mai 2024, Mme B été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 18 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, diffusé sur le site internet de la préfecture et librement accessible, le préfet de la Marne a donné délégation à M. Raymond Yeddou, secrétaire général de la préfecture, à l'effet notamment de signer les arrêtés et décisions relatives aux attributions du représentant de l'État dans le département, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a déclaré être entrée seule en France le 5 décembre 2022 après avoir quitté l'Ukraine à la suite du déclenchement du conflit russo-ukrainien, y laissant son fils, sa belle-fille et ses deux petites-filles. Si elle allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, elle ne l'établit pas. Elle n'établit pas davantage entretenir des relations stables et intenses avec des personnes séjournant régulièrement en France. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence en France et à l'absence de liens familiaux et privés, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision d'éloignement querellée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquelles elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
7. Mme B se prévaut de craintes de persécutions, de menaces graves et de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Arménie à raison de son adhésion au parti républicain arménien, pour lequel elle a activement milité et au sein duquel elle a été bénévole puis salariée, précise avoir fait l'objet d'une violente agression, à la suite de laquelle son mari est décédé d'une crise cardiaque et avoir été contrainte de fuir en Ukraine, rejoignant son fils, sa belle-fille et ses deux petites-filles avant le déclenchement du conflit russo-ukrainien, lequel l'a contraint à fuir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que tant l'OFPRA que la CNDA ont rejeté sa demande de protection internationale, le récit de son séjour en Ukraine et son activité politique en Arménie étant peu précis et lacunaire. Elle n'établit pas davantage, faute notamment d'éléments nouveaux, dans la présente instance la réalité de ses craintes en cas de retour en Arménie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B ne peuvent être que rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus de statuer sur les conclusions présentées par Mme B à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Alexandrine Boia et au préfet de la Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
S. MÉGRET
La greffière,
Signé
S. VICENTE
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