lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 avril 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel la préfète de l'Aube a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le 11 mars 2023, initialement d'un an, d'une durée de deux ans ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de 45 jours.
Il soutient que les arrêtés contestés méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2024, la préfète de l'Aube conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que celle-ci est irrecevable pour cause de tardiveté.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité pour cause de tardiveté des conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence, la requête ayant été enregistrée au greffe du tribunal plus de quarante-huit heures après la notification de l'acte contesté.
Les parties n'ont pas produit d'observations en réponse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Maleyre, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le rapport de M. Maleyre a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 11 septembre 1990, est entré régulièrement en France le 9 septembre 2020. A la suite d'un contrôle d'identité organisé dans une rue de Metz en application des dispositions de l'article 78-2 du code de procédure pénale et de son placement en retenue le 10 mars 2023, le préfet de la Moselle, par deux arrêtés du lendemain, l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Le 17 avril 2024, l'établissement de restauration rapide dans lequel il travaille à Troyes a fait l'objet d'un contrôle des services de police. Par deux arrêtés du 18 avril 2024, la préfète de l'Aube a, d'une part, prolongé la durée d'interdiction de retour sur le territoire français de M. A de deux années et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département éponyme pour une durée de 45 jours. M. A, doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
3. M. A soutient qu'il réside en France depuis le 9 septembre 2020, qu'il est père d'un enfant français et qu'il entretient une relation avec une ressortissante française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et il n'apporte aucun commencement de preuve quant à la réalité de sa paternité ou, à supposer celle-ci existante, de ses liens avec son enfant et de sa relation avec une ressortissante française. En outre, ses parents, son frère, sa sœur et sa grand-mère demeurent toujours en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
4. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2024 prolongeant la durée de son interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision d'assignation à résidence :
5. Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I de livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / () 5° Les décisions d'assignation à résidence prévues aux articles L. 731-1, L. 751-2, L. 752-1 et L. 753-1 du même code () ". Aux termes de l'article R. 776-4 du même code : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas () d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a reçu notification de l'arrêté du 18 avril 2024 l'assignant à résidence, qui comportait l'indication des voies et délais de recours, le jour même à 19h30 et qu'il n'a formé son recours contentieux que le 23 avril suivant, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées. Dès lors, les conclusions présentées à l'encontre de cet arrêté sont irrecevables pour cause de tardiveté et ne peuvent qu'être rejetées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés de la préfète de l'Aube du 18 avril 2024.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aube.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 29 avril 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P-H MALEYRE
Le greffier,
signé
A. PICOT
No 2400940
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