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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400946

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400946

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, M. C A, représenté par Me Opyrchal, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 15 avril 2024, par lequel la préfète de la Haute-Marne lui a fixé un délai de départ de trente jours pour exécuter l'arrêté du 29 mars 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, l'interdit de retour pendant une durée d'un an, l'oblige à se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Chaumont et l'astreint à résider à son domicile pendant la durée du délai précité ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision fixant le délai de départ à trente jours n'a pas tenu compte de sa situation personnelle, en méconnaissance de l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée d'un an est illégale du fait de l'illégalité de la décision précitée ;

- elle est insuffisamment motivée et dépourvue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'autorité de la chose jugée du jugement n°2400753 du 4 avril 2024 rendu par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne ;

- elle est manifestement disproportionnée ;

- la décision portant obligation de se présenter régulièrement au commissariat de police de Chaumont, celle l'assignant à résider à son domicile pendant la durée du délai de départ volontaire portent une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir, en méconnaissance de stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions des articles L.721-6 et L.721-7 du code précité.

Par un mémoire enregistré le 22 mai 2024, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Soistier, premier conseiller a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien, est entré irrégulièrement en France le 17 juin 2023 afin d'y solliciter la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 4 mars 2024. Par un arrêté du 29 mars 2024, la préfète de la Haute-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Marne pour une durée de quarante-cinq jours. Par un jugement n°2400753 du 4 avril 2024 rendu par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, l'arrêté précité a été annulé en tant qu'il lui refuse un délai de départ volontaire, prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et l'assigne à résidence, au motif qu'il n'était pas motivé au regard du fondement des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 avril 2024, la préfète de la Haute-Marne a fixé un délai de départ de trente jours pour exécuter l'arrêté du 29 mars 2024, a interdit à l'intéressé le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, lui a enjoint de se présenter deux fois par semaine au commissariat de Chaumont et l'a astreint à résider au CADA de Chaumont. Par la présente requête, M. B demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ à trente jours :

2. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

3. Dès lors qu'il est loisible au requérant de se faire représenter devant la CNDA, instance qu'il soutient avoir saisie afin que soit réexaminée sa demande d'asile, la circonstance que seul un délai de départ volontaire de trente jours lui a été accordé, n'est pas de nature à le priver de son droit à un recours effectif.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée d'un an :

4. Il ne résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée d'un an serait illégale du fait de l'illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire, doit, en tout état de cause, être écarté.

5. La décision attaquée mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle du requérant. Il ne ressort pas de cette motivation que la préfète se soit abstenu de procéder à un examen sérieux de la situation du requérant. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation et a été prise en l'absence d'un examen sérieux et complet de la situation personnelle du requérant, ne sont pas fondés et doivent, par suite, être écartés.

6. Par un jugement n°2400753 du 4 avril 2024 rendu par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, l'arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 29 mars 2024, fondant la mesure d'éloignement de M. A, a été annulé en tant qu'il lui refusait un délai de départ volontaire, prononçait à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'assignait à résidence dans le département de la Haute-Marne pendant une durée de quarante-cinq jours, au motif d'une insuffisance de motivation. Eu égard au motif d'annulation retenu par ce jugement, il était loisible à la préfète de la Haute-Marne de prendre une nouvelle décision fixant un délai de départ de trente jours pour exécuter l'arrêté du 29 mars 2024 l'obligeant à quitter le territoire français et l'interdit de retour pendant une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'autorité de la chose jugée doit être écarté.

7. En se bornant à soutenir que la décision en litige est manifestement disproportionnée, le requérant n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne l'obligation de résider à son domicile le temps du délai de départ et l'obligation de se présenter deux fois par semaine au commissariat de police de Chaumont :

8. Par l'arrêté attaqué la préfète de la Haute-Marne fait obligation à l'intéressé de se présenter au commissariat de police de Chaumont deux fois par semaine, le mardi et vendredi à 11h00 pour justifier des diligences dans la préparation de son départ et l'oblige à résider au sein du CADA qui l'héberge. Les contraintes ainsi fixées, limitées dans leurs effets ne sauraient porter d'une manière excessive atteinte à la liberté d'aller et venir. Par suite, en arrêtant ces mesures la préfète n'a pas entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C A, à Me Opyrchal, et à la préfète de la Haute-Marne.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Nizet, président,

- M. Soistier, premier conseiller,

- M. Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

M. SOISTIERLe président,

O. NIZET

La greffière,

I. DELABORDE

No 2400946

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