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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2400955

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2400955

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2400955
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2024, M. A B, représenté par

Me David, doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 mars 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a décidé de son maintien à l'isolement du 22 mars au 22 juin 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordé, le versement à son profit de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative ne sauraient trouver à s'appliquer et la requête est recevable, puisqu'accompagnée d'un recours au fond ;

- la condition d'urgence, qui est présumée, est remplie dans la mesure où il est placé à l'isolement sans interruption depuis plus de dix-huit mois et que cette situation menace gravement sa santé physique et psychique ;

- la décision en cause est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- les dispositions de l'article R. 213-21 du code pénitentiaire ont été méconnues ;

- il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un avocat en méconnaissance de l'article précité ;

- il n'a pu faire valoir ses observations en méconnaissance des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et R. 213-21 du code pénitentiaire ;

- la mesure de maintien en isolement est essentiellement fondée sur des faits anciens et l'administration n'a pas envisagé de mesures alternatives ;

- la décision contestée est entéchée d'erreur d'appréciation et d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête, enregistrée sous le n° 2400954, par laquelle M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 20 avril 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Maleyre, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été transféré par mesure d'ordre et de sécurité du centre pénitentiaire de Troyes-Lavau à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne le 8 mars 2024. Par une décision du 20 mars 2024, le garde des sceaux ministre de la justice a prolongé le placement à l'isolement de l'intéressé pour la période courant du 22 mars au 22 juin 2024. Par la présente requête,

M. B demande au juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide

juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit () d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. / L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. / Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus par les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité () ". Aux termes de l'article R. 213-25 du même code : " Lorsqu'une personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. / () L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement () ". Aux termes de son article R. 213-26 : " Lorsque la personne détenue faisant l'objet d'une mesure d'isolement d'office est transférée, le placement à l'isolement est maintenu provisoirement à son arrivée dans le nouvel établissement () ".

6. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement des articles précités du code pénitentiaire, portent en principe, sauf à ce que l'administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article.

7. Par une précédente ordonnance n° 2400167 du 5 février 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne avait rejeté la demande de suspension de la décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 22 décembre 2023 le maintenant à l'isolement du 28 décembre 2023 au 28 mars 2024 pour défaut d'urgence. Si la décision du

20 mars 2024 prolonge le placement à l'isolement de M. B pour une période courant du

22 mars au 22 juin 2024, l'intéressé n'apporte pas d'élément permettant de caractériser l'urgence alors que, depuis cette ordonnance, il a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Troyes du 27 février 2024 à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive et dégradation ou détérioration du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et transféré par mesure d'ordre et de sécurité du centre pénitentiaire de Troyes-Lavau à la maison d'arrêt de Châlons-en-Champagne le 8 mars 2024. Dans ces conditions, la situation du requérant ne peut pas être regardée comme caractérisant une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. B. Par voie de de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 26 avril 2024

Le juge des référés,

Signé

P-H. MALEYRE

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