jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400959 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 avril 2024, M. B A, représenté par Me David, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 avril 2024 par laquelle le chef d'établissement adjoint du centre pénitentiaire de Troyes-Lavau l'a placé en quartier disciplinaire pour une durée de vingt jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordé, le versement à son profit de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative ne sauraient trouver à s'appliquer et la requête est recevable, puisqu'accompagnée d'un recours au fond ;
- la condition d'urgence, qui est présumée, est remplie dans la mesure où les conditions de détention en cellule disciplinaire, qui est une mesure extrême, sont spartiates, le détenu est soumis à un régime de privations de droits renforcé, les risques de suicide sont accrus, le référé-suspension est adapté pour garantir son droit à un recours effectif et son état de santé fait obstacle à une telle mesure ;
- la sanction disciplinaire prise à son encontre le soumet à des traitements inhumains et dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les impératifs de sécurité ne sauraient justifier ;
- cette sanction est illégale puisqu'il n'a pas été informé de son droit à se taire ;
- il n'est pas fait mention de l'agent ayant rédigé le compte rendu d'incident, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire ;
- le rapport d'enquête prévu à l'article R. 234-13 du même code ne comporte aucune mention relative à sa personnalité, il n'est pas possible de vérifier le grade de son rédacteur et il n'a pas été versé au dossier ;
- l'auteur de la décision de poursuite était incompétent ;
- la commission de discipline était irrégulièrement composée ;
- les dispositions encadrant la procédure disciplinaire des détenus sont contraires aux stipulations des articles 6§1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision porte atteinte à ses droits à la vie et au respect de la vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les faits ayant fondé la sanction disciplinaire ne sont pas établis et ne pouvaient qualifier des insultes et des menaces ;
- la sanction est disproportionnée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative
Le président du tribunal a désigné M. Maleyre, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est détenu au centre pénitentiaire de Troyes-Lavau depuis le 9 janvier 2024. Par une décision du 11 avril 2024, le chef d'établissement adjoint a prononcé à son encontre la mise en cellule disciplinaire pendant vingt jours pour avoir proféré des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement et d'avoir refusé de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire ou par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire le 2 avril précédent, fautes prévues par les dispositions des articles R. 232-4, 12° et R. 232-5, 1° du code pénitentiaire. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide
juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, à la date à laquelle il se prononce, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de la décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 233-1 du code pénitentiaire : " Peuvent être prononcées à l'encontre des personnes détenues majeures les sanctions disciplinaires suivantes : / () 8° La mise en cellule disciplinaire. ".
7. M. A se borne, de façon générale, à décrire les conditions de détention en cellule disciplinaire. Cependant, si un placement en cellule disciplinaire, en application des dispositions précitées de l'article R. 233-1 du code pénitentiaire, fait incontestablement grief à la personne détenue qui en fait l'objet, justifiant qu'il soit recevable à contester, au contentieux, la sanction ainsi prononcée, la seule modification temporaire du régime de détention qui en résulte ne suffit pas, en soi, à constituer une situation d'urgence au sens des dispositions précitées. En outre, l'intéressé se prévaut de ce qu'il souffre de calculs biliaires nécessitant d'avoir accès à une plaque chauffante et de pouvoir s'hydrater abondamment. Toutefois, il dispose d'un accès à l'eau dans sa cellule disciplinaire et les certificats médicaux qu'il produit, peu circonstanciés, ne permettent pas de déduire qu'il n'aurait pas accès à l'eau chaude pour se laver et à des repas équilibrés. Dès lors, la situation du requérant ne peut pas être regardée comme caractérisant une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. A. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance doivent également être rejetées.
O R DO N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Châlons-en-Champagne, le 25 avril 2024.
Le juge des référés,
P-H. MALEYRE
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