mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2400998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique - Eloignement |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Castellani, première conseillère ;
- et les observations de Me Boia, représentant M. B, qui persiste dans ses conclusions et moyens et demande en outre l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et soutient que cette décision est entachée d'une erreur de droit, en ce qu'elle ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour qu'il a déposée le 13 octobre 2023.
L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige soumis au magistrat désigné :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". Par ailleurs, la procédure applicable lorsque l'intéressé est retenu ou assigné en résidence est régie par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du même code.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire (). ".
5. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence tandis que les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions relatives aux frais liés au litige relèvent de la formation collégiale et doivent lui être renvoyées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
7. M. B excipe de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé. Le requérant ayant, ainsi que l'y autorisent les dispositions de l'article R. 776-5 du code de justice administrative, demandé avant la clôture de l'instruction l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, l'exception d'illégalité est recevable.
8. Aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative () ". Ces dispositions ne font nullement obstacle à l'exercice par le préfet du pouvoir discrétionnaire qui lui permet de régulariser la situation d'un étranger compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle.
9. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Marne lui a opposé un motif unique, tiré de la circonstance qu'il n'avait pas exécuté l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français par un arrêté du 13 mai 2022. S'il appartenait au préfet, notamment dans le cadre de l'exercice de son pouvoir de régularisation, d'examiner si la situation personnelle de l'intéressé justifiait qu'en dépit de la circonstance qu'il n'avait pas respecté une précédente mesure d'éloignement, un titre de séjour devait lui être délivré, il ne ressort pas du dossier qu'il n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B. En particulier, il ne saurait être déduit de l'indication dans l'arrêté attaqué de la date du 20 juillet 2023 comme étant celle de sa seconde demande de titre de séjour que le préfet n'aurait pas examiné les éléments que M. B a produits à l'appui de ce qui a été initialement enregistré comme une autre demande de titre de séjour, déposée le 13 octobre 2023, alors au contraire que l'arrêté mentionne des éléments de sa situation dont le requérant s'était spécifiquement prévalu à l'appui de cette dernière demande, notamment son contrat de travail conclu à durée indéterminée en qualité d'employé polyvalent dans une entreprise de restauration rapide à Villers-en-Lieu. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit pour n'avoir pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. B, alors que l'ensemble des éléments la caractérisant ont été tous regardés comme présentés dans le cadre d'une demande unique de titre de séjour, sur laquelle le préfet s'est prononcé, doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour doit être écartée, de sorte que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code, dispose que ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, lorsque " 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ", ou " 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
12. M. B soutient que la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de qualification du risque de fuite, dès lors que l'inexécution de la précédente obligation de quitter le territoire français est due à l'inaction des services préfectoraux, alors par ailleurs qu'il ne s'est jamais soustrait à leur contrôle et a sollicité des titres de séjour à plusieurs reprises. Ce faisant, il ne critique pas utilement le motif du refus qui lui a été opposé non sur le fondement du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur le fondement du 8° de cet article. Son moyen ne peut dès lors qu'être écarté comme inopérant.
13. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de son isolement en Guinée lié au décès de ses parents, ainsi que de son insertion scolaire puis professionnelle. Toutefois, aucune de ces circonstances n'est de nature à caractériser une atteinte disproportionnée, par la décision lui refusant un délai de départ volontaire, à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut dès lors qu'être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écartée.
16. En second lieu, si M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de son isolement en Guinée lié au décès de ses parents, ainsi que de son insertion scolaire puis professionnelle, il est constant qu'il est célibataire et sans enfants, et il ne se prévaut d'aucune autre attache en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'assignation à résidence et l'obligation se présenter au commissariat de Saint-Dizier :
17. En premier lieu, il résulte du point 10 présent jugement que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
18. En second lieu, l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
19. Les décisions d'assignation à résidence et obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
20. M. B ne saurait utilement se prévaloir de la circonstance que ses horaires de travail, en vertu d'un contrat qui n'a pas fait l'objet d'une autorisation de travail et alors qu'il est obligé de quitter le territoire français sans délai, ne sont pas compatibles avec l'obligation qui lui est faite de se présenter en milieu d'après-midi au commissariat de Saint-Dizier. Par suite, son moyen tiré du caractère inadapté des modalités d'application de l'assignation à résidence doit être écarté.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, refus d'un délai de départ volontaire, interdiction de retour et assignation à résidence doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont renvoyées à une formation collégiale.
Article 3 : Les conclusions aux fins d'annulation des décisions du préfet de la Haute-Marne du 22 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français, assignation à résidence et fixation de ses modalités sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Boia et au préfet de la Haute-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
A.-C. CASTELLANI
La greffière,
signé
I. DELABORDE
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