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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401028

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401028

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait la décision du préfet de la Marne du 10 avril 2024 classant sans suite sa demande d’acquisition de la nationalité française. Le tribunal a jugé que la convocation à l’entretien d’assimilation, qui mentionnait l’obligation de produire l’original du passeport et les conséquences de son absence, constituait une mise en demeure valable au sens de l’article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Faute pour le requérant d’avoir présenté ce document lors de l’entretien, le classement sans suite était légal, et les autres moyens (conditions remplies, conséquences personnelles) ont été écartés comme inopérants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

(2ème chambre)

Par une requête enregistrée le 8 mai 2024, M. C A, représenté par Me Tchikaya, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 10 avril 2024 par laquelle le préfet de la Marne a classé sans suite sa demande d'acquisition de la nationalité française ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Marne de lui fixer un délai pour la présentation de l'original de son passeport national et à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de classement sans suite est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le titre de séjour produit lors de cet entretien était un document d'identité et qu'il appartenait à l'agent instructeur de le mettre en demeure de produire l'original de son passeport dans un délai imparti si cette production est obligatoire ;

- il remplit toutes les conditions d'acquisition de la nationalité française ;

- il existe un doute sérieux quant à l'examen de sa demande de naturalisation ;

- la décision de classement sans suite a des conséquences néfastes pour lui sur le plan personnel.

La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, est titulaire d'une carte de résident délivrée le 22 septembre 2018 valable jusqu'au 21 septembre 2028. Il a déposé une demande en vue d'acquérir la nationalité française. Par une décision du 10 avril 2024, le préfet de la Marne a décidé de classer sans suite sa demande. Par le présent recours, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 : " L'autorité qui a reçu la demande ou le ministre chargé des naturalisations peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation ou de réintégration, mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement. "

3. Pour classer sans suite la demande en vue d'acquérir la nationalité française, le préfet de la Marne s'est fondé sur la circonstance que le requérant était dans l'incapacité de présenter l'original de son passeport national lors de l'entretien d'assimilation qui s'est déroulé le 2 avril 2024.

4. Il ressort des pièces du dossier que la convocation à l'entretien d'assimilation adressée le 2 février 2024 mentionnait les dispositions de l'article 40 du décret précité et précisait au requérant les conséquences de l'absence de production des documents sollicités au nombre desquelles figurait l'original du passeport. Dans ces conditions, et alors que cette convocation doit être regardée comme remplissant les conditions de forme et de fond exigées d'une mise en demeure, au demeurant adressée préalablement à l'entretien d'assimilation, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'aucune une mise en demeure ne lui aurait été adressée avant de procéder au classement sans suite de sa demande.

5. En se bornant à soutenir dans ses écritures qu'il a produit un titre de séjour lors de l'entretien qui devait être regardé comme une pièce d'identité et en s'abstenant d'établir que l'original de son passeport a été transmis lors de l'entretien conformément à la demande formulée dans la convocation préalable, M. A ne critique pas utilement le motif retenu par le préfet de la Marne pour classer sans suite son dossier.

6. Si M. A soutient qu'il remplit toutes les conditions d'acquisition de la nationalité française, ces circonstances sont sans incidence sur la décision en litige qui n'est pas fondée sur la circonstance que l'intéressé ne remplirait pas lesdites conditions.

7. En se bornant à soutenir qu'il existe un doute quant au sérieux de l'examen de sa demande de naturalisation et que cette décision de classement sans suite a des conséquences néfastes sur le plan personnel, M. A ne critique pas utilement le motif retenu par le préfet de la Marne. Par suite, ces moyens seront écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais de l'instance

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Nizet, président,

M. Michel Soistier, premier conseiller,

M. Oscar Alvarez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

O. B

Le président,

Signé

O. NIZETLa greffière,

Signé

I. DELABORDE

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