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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401054

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401054

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL LE CAB AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 3 mai 2024 sous le numéro 2401054,

Mme A D, représentée par Me Boia, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet

de la Marne l'a assignée à résidence dans le département de la Marne pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Boia au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente ;

- la décision ne lui a pas été notifiée en présence d'un interprète, elle n'a pas pu

la comprendre ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Marne ne pouvait l'assigner à résidence sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision relève que son éloignement demeurait une perspective raisonnable ;

- la durée de l'assignation à résidence est excessive ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son éloignement demeure une perspective raisonnable.

Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2024 par une ordonnance en date

du 7 mai 2024.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale

par une décision du 24 mai 2024.

II) Par une requête enregistrée le 3 mai 2024 sous le numéro 2401055,

M. B C, représenté par Me Boia, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet

de la Marne l'a assigné à résidence dans le département de la Marne pour une durée de six mois sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Boia au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente ;

- la décision ne lui a pas été notifiée en présence d'un interprète, il n'a pas pu

la comprendre ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Marne ne pouvait l'assigner à résidence sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision relève que son éloignement demeurait une perspective raisonnable ;

- la durée de l'assignation à résidence est excessive ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son éloignement demeure une perspective raisonnable.

Le préfet de la Marne, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation.

La clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2024 par une ordonnance en date

du 7 mai 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public,

sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henriot, conseiller ;

- et les observations de Me Boia, représentant Mme D

et M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées concernent un couple d'étrangers et ont fait l'objet

d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme D et M. C, ressortissants arméniens nés respectivement le 9 mai 1996 et le 8 juin 1995, ont fait l'objet, le 23 août 2023, d'une décision leur ayant fait obligation de quitter le territoire français. Par des arrêtés en date du 23 août 2023, le préfet

de la Marne les a assignés à résidence pour une durée de 45 jours. Par des arrêtés

du 5 octobre 2023, le préfet de la Marne a renouvelé ces assignations à résidence pour la même durée. Par des arrêtés en date du 20 novembre 2023, le préfet de la Marne les a assignés à résidence pour une durée de 6 mois. Par des arrêtés du 30 avril 2024, le préfet de la Marne a renouvelé ces assignations pour une durée de 6 mois. Mme D et M. C demandent au tribunal l'annulation des arrêtés du 30 avril 2024.

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. () ".

4. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 appartenant à une section intitulée " Assignation à résidence aux fins d'exécution de la décision d'éloignement " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Selon l'article L. 732-3 du même code " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. "

5. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 731-3 appartenant

à une section intitulée " Assignation à résidence en cas de report de l'éloignement " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Selon l'article L. 732-4 du même code " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut être renouvelée deux fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire. "

6. Il ressort des termes mêmes des décisions attaquées que le préfet de la Marne a estimé que l'éloignement des requérants, qui ont fait l'objet de décisions les obligeant à quitter

le territoire français le 23 août 2023, demeurait une perspective raisonnable. Dès lors, il ne pouvait prolonger leur assignation à résidence pour une durée de 6 mois en application des dispositions combinées des articles L. 731-3 et L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une assignation à résidence ne pouvant être édictée sur le fondement de ces dispositions que lorsque l'étranger est dans l'impossibilité de quitter le territoire français et dans l'attente de ce que son éloignement ne devienne une perspective raisonnable. Par suite,

le préfet de la Marne a entaché ses décisions d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens

de la requête, que les arrêtés du préfet de la Marne du 30 avril 2024 doivent être annulés.

8. Mme D et M. C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Boia, leur avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Boia

de la somme globale de 1 500 euros, sous réserve que Me Boia renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet de la Marne du 30 avril 2024 sont annulés.

Article 2 : L'État versera à Me Boia la somme globale de 1 500 euros, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Boia renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B C, à Me Alexandrine Boia et au préfet de la Marne.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Vincent Torrente, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

J. HENRIOTLe président,

signé

A. DESCHAMPS

Le greffier,

signé

A. PICOT

Nos 2401054, 2401055

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