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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401070

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401070

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 mai, 25 juin et 1er juillet 2024, ces deux derniers mémoires n'ayant pas été communiqués, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2024080059 du 11 mars 2024 par lequel le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une année ;

2°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à cette même autorité de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il méconnaît le droit d'être entendu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il répondait aux conditions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir renouveler un titre de séjour ;

- cet acte méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'a pas vérifié son droit au séjour avant de prendre à son encontre une mesure d'éloignement ;

- il méconnaît également les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet des Ardennes, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, lesquelles ont été communiquées.

La clôture de l'instruction a été fixée au 25 juin 2024 par une ordonnance du 23 mai précédent.

Des pièces ont été demandées au préfet des Ardennes le 28 juin 2024 pour compléter l'instruction en vertu des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, qui ont été réceptionnées puis communiquées le 1er juillet suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maleyre,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 19 septembre 1966, est entré régulièrement en France le 30 septembre 2018. L'intéressé s'est vu délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé valable du 13 avril 2021 au 13 avril 2022. A la suite de son mariage avec une ressortissante française le 22 janvier 2022, M. A a été muni d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint de ressortissant français du 12 décembre 2022 au 11 décembre 2023. Par un arrêté du 11 mars 2024, le préfet des Ardennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné en cas d'exécution contrainte et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une année. M. A en demande l'annulation au tribunal.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions des articles L. 421-5 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, le préfet des Ardennes a examiné sa situation exclusivement au regard de son état de santé. Dans ces conditions, cette autorité a entaché son arrêté d'erreur de droit en n'étudiant pas le droit au séjour M. A sur les fondements dont l'intéressé l'avait saisi. Son arrêté doit donc être annulé.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Ardennes du 11 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet des Ardennes procède au réexamen de la demande de M. A sur les fondements dont l'intéressé l'avait saisi, procède à l'effacement du signalement du requérant au sein du système d'information Schengen et le munisse d'une autorisation provisoire de séjour le temps nécessaire à ce réexamen, conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 100 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Ardennes du 11 mars 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Ardennes de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur sa situation et procède à l'effacement du signalement aux fins de non admission au sein du système d'information Schengen, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Ardennes.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Deschamps, président,

M. Maleyre, premier conseiller,

M. Henriot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

P-H. MALEYRELe président,

signé

A. DESCHAMPSLe greffier,

signé

A. PICOT

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