mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| Section | Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne |
| N° Dossier | TA51-2401106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
(2ème chambre)
Par une requête, enregistrée le 13 avril 2024, M. B A, représenté par Me Mainnevret, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il peut, à titre principal, bénéficier d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain ;
- il peut, à titre subsidiaire, bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Marne a commis une erreur de fait en considérant qu'il ne justifie pas qu'une demande d'autorisation de travail a été effectuée ;
- la décision de refus de sa demande de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour,
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
La requête a été communiquée au préfet de la Marne qui n'a produit aucun mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Michel Soistier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité marocaine, est entré sur le territoire français le 1er novembre 2018. Il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié le 25 août 2021. Le 27 avril 2023, il a sollicité des services du préfet de la Marne une carte de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain ainsi que des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 avril 2024, le préfet de la Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, il demande l'annulation des décisions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation
En ce qui concerne le moyen commun :
2. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables de l'accord franco-marocain et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments de fait relatifs à sa situation administrative et personnelle. Dès lors que cette motivation, qui n'était pas stéréotypée, est conforme aux exigences des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisante.
En ce qui concerne la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".
4. Le requérant soutient que le préfet de la Marne a entaché sa décision de refus de sa demande de titre de séjour d'erreur de fait, en ayant relevé qu'il ne justifiait pas d'une demande d'autorisation de travail. S'il ressort des pièces du dossier qu'un formulaire de demande d'autorisation de travail a bien été établi et signé le 15 mars 2022 par son employeur, toutefois, le requérant n'apporte aucune preuve de ce que le formulaire aurait été transmis aux services du préfet, alors qu'il est constant que sa demande de titre de séjour n'a été présentée que le 27 avril 2023. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de la Marne a pu rejeter sa demande de titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
6. Les stipulations de l'accord franco-marocain précité ne font pas obstacle à ce que le préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, apprécie, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. M. A se prévaut de sa durée de présence sur le territoire national depuis six ans ainsi que de la présence de son frère, son oncle, sa tante et ses cousins en France. Il ajoute exercer la profession de boucher depuis octobre 2022. A l'appui de ses dires, le requérant produit notamment un contrat à durée indéterminée signé le 24 octobre 2022 ainsi que plusieurs bulletins de paie récents, des attestations de témoins ou de membres de famille. Il fait valoir qu'il suit des cours d'alphabétisation ou que son grand père est un ancien combattant de l'armée française Toutefois, ces circonstances, à les supposer avérées, ne permettent pas de justifier de motifs exceptionnels ni de circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision portant refus de sa demande de titre de séjour serait entachée d'une illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
10. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. Compte tenu de la situation privée et familiale de M. A telle qu'exposée au point 7, et dès lors qu'il est célibataire et sans enfant et n'établit pas la présence en France des membres qu'il cite de sa famille, ou pour le moins entretenir des relations avec eux, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle et familiale de M. A.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination eu égard à l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, ne peut être qu'écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2024 du préfet de la Marne doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Nizet, président,
M. Michel Soistier, premier conseiller
M. Oscar Alvarez, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
M. SOISTIER
Le président,
O. NIZETLa greffière,
I. DELABORDE
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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