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AccueilJurisprudence administrativeN° TA51-2401150

Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne — Décision N° TA51-2401150

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
SectionTribunal Administratif de Châlons-en-Champagne
N° DossierTA51-2401150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP SAÏDJI & MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mai 2024, Mme C A, représentée par la SCP Manil, demande au tribunal :

- de prescrire une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, en vue de déterminer la date de consolidation de son état de santé ;

- de lui accorder une provision d'un montant de 5 000 euros pour couvrir les frais d'expertise.

Elle soutient que :

- le 11 août 2022, elle a subi, au centre hospitalier intercommunal Nord Ardennes, une gastroscopie et une coloscopie afin de poser un diagnostic sur la pathologie dont elle souffrait ;

- avant de quitter l'hôpital, elle a indiqué qu'elle n'avait aucune sensibilité dans la jambe gauche ;

- le soir même elle a été admise au service des urgences du centre hospitalier ou un examen a été réalisé pour vérifier si elle ne faisait pas un AVC ;

- de retour à son domicile, elle a de nouveau appelé les urgences pour signaler que sa jambe était toujours inerte ;

- la réalisation d'un électromyogramme a été demandé le 18 août 2022 en raison d'une suspicion de compression du nerf sciatique poplité externe ;

- une IRM dorso-lombaire a été réalisée le 12 septembre 2022 ;

- aucune évolution favorable n'a été constatée malgré cinq séances de kinésithérapie hebdomadaires ;

- elle a été mise en arrêt de travail au mois de juin 2022 ;

- la compression du nerf sciatique serait due à une manipulation pour passer de la coloscopie à la gastroscopie ;

- l'expertise ordonnée le 2 février 2023 par le tribunal administratif n'a pas permis de déterminer la date de consolidation de son état de santé ;

- elle a repris son activité professionnelle et a été reconnue travailleur handicapé par la MDPH des Ardennes, du 12 janvier 2024 au 31 janvier 2026 ;

- son médecin traitant estime que son état de santé est consolidé ;

- elle souhaite que le collège expertal tel que désigné par le tribunal dans le cadre de son ordonnance du 2 février 2023 se prononce sur sa consolidation.

Par un mémoire en défense, enregistré 25 juin 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SCP Saidji et Moreau, demande au tribunal de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas, sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause au regard des dispositions des articles L. 1142-1 et L. 1142-1-1 du code de la santé publique, à l'expertise sollicitée. Il demande en outre de compléter la mission qui sera confiée à l'expert conformément à ses suggestions et de rejeter toute demande de condamnation au paiement d'une provision.

Il fait valoir que :

- afin de déterminer l'existence d'un droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale, il appartiendra à l'expert de se prononcer, d'une part, sur la particulière exposition de la patiente à la survenue de la complication et, d'autre part, sur les préjudices imputables à l'accident médical et sur ceux en lien avec les manquements commis ;

- aucune condamnation en paiement ne devra être prononcée à son encontre dès lors qu'il existe des contestations sérieuses sur le principe même d'une obligation d'indemnisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, représenté par la SELAS Tamburini-Bonnefoy, demande au tribunal :

- de prendre acte de ce qu'il ne s'oppose pas à sa participation à la mesure d'expertise post-consolidation sollicitée par Mme A ;

- de confier la mission d'expertise au docteur F et au docteur E avec pour mission notamment de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme A et de détailler les préjudices définitifs de celle-ci ;

- de rejeter la demande de provision sur les frais d'expertise formée par Mme A en ce qu'elle est irrecevable d'une part et en ce qu'elle se heurte à une contestation sérieuse d'autre part.

Il soutient que :

- dès lors que les experts se sont déjà prononcés sur la question de l'origine du dommage, il convient que ceux-ci se prononcent sur la date de consolidation ainsi que sur l'évaluation des préjudices définitifs de Mme A ;

- la demande de provision au titre des frais d'expertise, qui constitue une demande de paiement d'une somme d'argent, est irrecevable dès lors que Mme A ne lui a adressé aucune demande préalable ;

- dès lors qu'aucun préjudice définitif n'est susceptible d'être imputé aux manquements relevés à son égard, la demande de provision se heurte à une contestation sérieuse.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 621-1-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. Les mesures d'expertise demandées par Mme A entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance. En revanche, les demandes présentées par l'ONIAM qui soulèvent des questions qui se rattachent à la première expertise ordonnée le 2 février 2023, sont pour ce motif dénuées d'utilité et doivent être rejetées.

Sur la demande tendant au versement d'une provision :

3. Mme A sollicite le versement d'une provision de 5 000 euros pour couvrir les frais d'expertise. Elle doit être regardée comme invoquant l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

4. Aux termes de l'article R. 541-1du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. "

5. Il n'appartient pas au juge des référés d'attribuer la charge des frais d'expertise, lesquels feront l'objet d'une ordonnance de taxation après établissement du rapport. Les conclusions présentées au titre de l'article R. 541-1 du code de justice administrative par Mme A ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions à fins de provision sont rejetées.

Article 2 : Mme le Docteur G F, gastro-entérologue, exerçant 6 rue de Sontay à Paris (75116) et M. le Docteur D E, neurologue, exerçant à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, 47-83 boulevard de l'Hôpital à Paris (75013) sont désignés en qualité d'experts. Ils auront pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ; convoquer et entendre les parties et tout sachant ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A, ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) déterminer la date de consolidation de l'état de santé de Mme A ;

3°) évaluer, à la date de la consolidation, l'importance du déficit fonctionnel permanent, des souffrances endurées, du préjudice esthétique définitif, du préjudice d'agrément ainsi que les frais futurs à caractère certain et prévisible ;

4°) à défaut de consolidation indiquer le délai dans lequel Mme A devra être réexaminée en fonction de l'évolution prévisible de son état de santé ; dans cette hypothèse, dire si l'état de Mme A est susceptible de modification en aggravation ou en amélioration ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution ;

Article 3 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 5 : Conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative, les experts :

- avertiront les parties des jours et heures auxquels il sera procédé à l'expertise ;

- recueilleront et consigneront les observations des parties sur les constatations auxquelles ils procèderont et les conclusions qu'ils envisageront d'en tirer.

Article 6 : Les experts, eux-mêmes soumis au secret médical, pourront se faire communiquer directement par le centre hospitalier l'entier dossier médical de l'intéressée, sans que puisse leur être opposé ce même secret et pourront entendre toute personne du centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes ayant donné des soins à Mme A.

Article 7 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe en deux exemplaires avant le 31 janvier 2025. Les experts notifieront eux-mêmes les copies aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, aux caisses primaires d'assurance maladie des Ardennes et de la Haute-Marne, au centre hospitalier intercommunal Nord-Ardennes, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, à Mme le Docteur G F, expert et à M. le Docteur D E, expert.

Fait à Châlons-en-Champagne, le 2 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. B

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